Virginie Lemoine est sur la scène des Théâtreales de Marsannay-la-Côte le 13 novembre avec Les Maurices Girls. Des quinquas qui ont la pêche et le music-hall dans le sang.

 

Quelle est, de nos jours, la place du théâtre en France ?

C’est une tradition ancestrale et immuable. Aristophane a écrit des comédies encore d’actualité, raconter une histoire sur une estrade est un acte intemporel que rien ne remplace et qui se transmet. Le succès des spectacles humoristiques s’oppose à une forme de mépris des médias. On a toujours censuré le rire, on ne l’a jamais reconnu à sa juste valeur. Il est plus difficile de faire rire une salle que de la faire pleurer, mais le rire n’a pas encore ses lettres de noblesse.

Les personnages vous échappent parfois ?

Non. Sans me comparer, je cite Michel-Ange à propos de la pierre : la forme est contenue dans la matière. Au théâtre, la forme est contenue dans l’écrit. Je suis metteuse en scène des pièces que j’écris et sais exactement où j’emmène les comédiens. Il faut une vision. Quand un peintre devant sa toile ne sait pas ce qu’il va peindre, ça ne donne rien. Les comédiens avec qui je travaille sont extrêmement gentils.

La gentillesse révèle la disponibilité, la remise en question, la souplesse, la fluidité. On ne peut rien obtenir de comédiens obtus et égocentriques. Je m’inspire de ce qui m’arrive, dont j’entends parler. Mon frère, qui fait les décors, est aux premières lectures et lève toujours les yeux au ciel, il voit toujours de quoi je parle. Je n’ai pas besoin de noter, je retiens tout.

J’ai écrit une pièce entière à la piscine en nageant, je laissais les personnages me parler. En rentrant, je prenais mon ordinateur. Je peux écrire n’importe où.

Vos débuts de comédienne ?

J’étais une petite fille gentille et enthousiaste, avec beaucoup d’imagination. J’adorais jouer. J’étais consciente de mon état éphémère d’enfant, qu’il fallait changer, que j’allais grandir, et que plus tard, quand je serais adulte, je ferais ce que je voudrais. J’ai une vie très rigolote. Ça coûte du doute, de l’énergie, mais c’est nécessaire. Ce que l’on a sans effort abîme parfois.

Votre conseil à une jeune femme qui rêve de théâtre ?

On nous vend la vie de comédien à travers des émissions de téléréalité polluantes et dangereuses. Ce n’est pas ça, comédien. Comédien, c’est jouer Shakespeare. Ce miroir aux alouettes malsain et honteux ne vend pas du rêve aux gens mais du cauchemar. On fait leur croire qu’ils sont des VIP, ça me met hors de moi. Un VIP, c’est quelqu’un qui est malade et va recevoir une transplantation cardiaque.

Les comédiens ne sont ni plus ni moins que des gens qui font leur métier, comme des musiciens, comme n’importe qui. Pourquoi serions-nous plus importants qu’un luthier, une coiffeuse ou un monsieur qui répare les routes ? Je lutte contre les privilèges. Le privilège ne crée que de la violence. Je ne vais jamais dans les soirées qui ne sont pas ouvertes à tout le monde. Nous devons avoir des vies ordinaires.

Vendredi 13 novembre, à la Maison de Marsannay
route des Grands Crus
Euromuses : 03.80.30.61.00
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