Elle baigne dans l’exploitation de cinéma depuis toute jeune et a repris naturellement une partie des affaires familiales à Dijon. Aujourd’hui, elle s’inquiète de la pérennité de l’offre devant les projets de la Ville. Gros plan sur Sylvie Massu, présidente du Syndicat des cinémas de Bourgogne.

Photo : Christophe Remondière

 

Depuis près de vingt ans, Sylvie Massu perpétue l’histoire familiale. Elle a aujourd’hui quatre enseignes sous sa responsabilité, dont deux à Dijon et pas n’importe lesquels : les emblématiques Olympia et Darcy, qui représentent plus de 100 ans de septième art dans le centre-ville. Sans compter l’Alhambra et ABC, qui ont jadis éclairé nombre de toiles.

Ces éléments du patrimoine culturel dijonnais font directement écho à l’histoire de la famille Massu.« À cinq ans, avec son Pathé-Baby, mon père passait des films à ses copains, se souvient avec tendresse Sylvie. Il admirait Laurel et Hardy, de Funès, le cinéma américain. En pleine guerre, avec ma mère, ils partaient dans les villages avec un petit projecteur et un écran plié à l’arrière de leur triporteur, et projetaient des films dans les cafés à Messigny, Ahuy, Hauteville, Ruffey…»


DARCY SINCE 1960


Après la guerre, les parents de Sylvie achètent un cinéma à Mâlain, aux Laumes, à Châtillon et Montbard, et en 1960, la consécration : le Darcy, plus gros cinéma de la ville à  l’époque. Sylvie assurera la reprise. « Après tout ce qu’ils avaient fait, je ne pouvais pas laisser tomber. J’étais admirative du travail de mes parents. Ma maman, je l’ai vue partir toutes les semaines travailler à Montbard et Châtillon, emporter les films, mettre les salles en route, repartir le dimanche soir, faire les caisses, revenir le lundi avec les films…»

Pour l’instant, l’héritage se porte bien. Le Darcy est souvent garni par des étudiants gourmands de versions originales. « Les établissements art et essai font très bien leur travail et relaient les films en VO. Nous avons cartonné avec Deadpool, où les dialogues étaient plus cash que la VF. Pour les amoureux de la VO, il est plus sympa de voir un Woody Allen en anglais. C’est fabuleux de pouvoir offrir les deux versions au public. »


CITE MAUDITE ?


Mais l’avenir s’annonce rude. La Cité de la gastronomie et des vins a en effet pour projet de créer deux cinémas sur son futur site. L’intéressée craint une surcharge de l’offre sur une agglomération déjà bien pourvue, avec un fauteuil de cinéma pour 41 habitants (la moyenne nationale étant de 1 pour 58). « Ce projet, qui n’est pas sortie de terre, n’est pas cohérent. Il peut l’être pour l’art et essai, le cinéma Eldorado étant à l’étroit. Mais je ne suis pas sûre que les Dijonnais souhaitent voir disparaître leurs salles avenue Foch et place Darcy. Le projet Olympia fut fortement soutenu par la Mairie. M’avoir fait confiance en me laissant investir 6,5 millions d’euros en rénovation en 2007 pour me dire huit ans après que ce n’est plus ma place… »

Ce rajout nuira-t-il à l’offre en centre-ville ? « Eiffage annonce 500 000 entrées potentielles mais Dijon fait déjà 1,4 million sur une agglomération de 250 000 habitants. Cela n’apportera rien en diversité culturelle, il s’agira uniquement d’une multiplication des copies. En revanche, un Eldorado avec cinq salles permettrait une meilleure exposition. Et pourquoi pas une sixième dédiée au repas des Français, thème de notre Cité ? »

La présidente du Syndicat des cinémas de Bourgogne est évidemment soucieuse de la vitalité de son corps de métier. « Tous les cinémas font bien leur job et animent le centre-ville », conclue-t-elle. Reste à voir quel sera l’état de cette offre d’ici quelques années. Madame cinéma fera tout pour éviter l’ultime clap de fin.

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