Longtemps discrète et militante, Marie-Guite Dufay a véritablement été révélée au public après la disparition de Raymond Forni. La présidente de la nouvelle région Bourgogne-Franche-Comté impose son style sans plier, reste femme et ferme avant tout. Retour sur un parcours atypique et engagé.

Par Julie Letourneur
Photo : Christophe Remondière

Marie-Guite Dufay, Marie-Marguerite pour l’Etat-Civil, n’a pas toujours fait de la politique. La présidente de la Bourgogne-Franche-Comté a commencé par le militantisme associatif. Au tout début de sa carrière, jeune diplômée de Sciences Po à Paris, cela fut même sa façon à elle d’intégrer Besançon et de respirer à pleins poumons l’air de la région. Portée par une louable philosophie qui ne la quittera plus : « Je ne connaissais presque personne, alors j’ai décidé de m’intégrer avec la volonté d’être utile. »


PAR LA CASE ANPE


Amnesty International est son premier engagement. Très vite, on lui propose de s’intéresser à la cause des femmes. Françoise Giroud est alors la première secrétaire d’Etat à la condition féminine. Les années 70 sont marquées par la naissance des CIF (Centres d’Informations Féminins), qui prendront d’autres dénominations par la suite, dont celle aujourd’hui de CIDFF (Centres d’Information sur le Droit des Femmes et des Familles). « J’ai aimé cet aspect vie professionnelle, formation, orientation, emploi. C’est un combat pour l’égalité qu’il fallait mener pour faire tomber les frontières entre hommes et femmes au travail », se souvient Marie-Guite Dufay.

Sa mission est fondamentale : installer et animer les quatre centres départementaux de Franche-Comté. L’insertion professionnelle est au cœur du dispositif. Elle suppose une pleine concertation avec les acteurs territoriaux de l’emploi, de la formation et de l’orientation. Marie-Guite Dufay en fait une spécialisation et finit par intégrer l’Agence Nationale pour l’Emploi. Elle accompagne les salariés en reclassement après un licenciement économique. Avec le recul, non sans avoir insisté au préalable sur le sérieux qui lie social et économie, la présidente de la Région s’amuse encore de la réaction de ses enfants lui faisant remarquer qu’après « autant d’études, je finissais par me retrouver à l’ANPE ! ». En 1987, repérée pour sa constance et son engagement, la politique lui tend enfin les bras. « En quête de personnes issues de la société civile », Robert Schwint lui propose de rejoindre son conseil municipal à Besançon. Une immersion en douceur : « J’ai accepté mais sans prendre de responsabilités précises. J’avais déjà mes enfants, je travaillais et la politique n’était pas en tête de mes préoccupations. »


PAS UN « GERANIUM INTELLIGENT »


MG-DufayProgressivement libérée de ses obligations familiales, l’élue locale franchit quelques caps au sein de l’assemblée bisontine et s’intéresse à la région. Sa rencontre avec Raymond Forni est déterminante. « Quelque chose s’est noué entre nous », résume-t-elle à propos du nouveau président du Conseil régional de Franche-Comté qui, en 2004, en fait sa première vice-présidente en charge du développement économique, « un engagement complémentaire de mon engagement municipal, en charge de l’action sociale. » Au-delà de l’aspect politique, c’est toutefois l’action publique qui motive Marie-Guite Dufay. Bien que partageant déjà les valeurs du Parti Socialiste, elle n’y adhèrera que plus tard, préférant le travail de fond à l’exposition : « Je restais volontairement dans l’ombre afin de servir mon territoire, il appartenait au président d’être sur le devant de la scène. » Non sans en payer le prix.

Une telle discrétion en politique n’est pas toujours comprise des médias. Certains journalistes feront parfois le portrait d’une femme dépourvue d’empathie. Le décès de Raymond Forni la propulsera incidemment sous les feux de la rampe. Les élus régionaux la choisissent pour prendre les rênes du Conseil régional pendant les deux ans de mandat restant. Elue par ses pairs, Marie-Guite Dufay déjoue alors les lobbys masculins, se montrant à la hauteur de son prédécesseur. En 2010, à l’issue d’une campagne violente durant laquelle elle n’hésite pas à tenir tête au président de la République, elle tiendra bon et gardera sa présidence. « Être femme m’a servie, en complément de mes convictions et de mes compétences c’est un gage de renouveau, une autre approche, plus ancrée dans la réalité », assure celle qui fera le buzz malgré elle, en s’opposant à Nicolas Sarkozy. Un temps fort de sa vie publique qu’elle ponctue d’une phrase lapidaire : « J’ai défendu mes convictions et refusé de faire le géranium intelligent. »


« CELA PREND DU TEMPS »


Alors que trop peu de femmes sont aux responsabilités, Marie-Guite Dufay s’amuse encore de voir à quel point faire simplement ses courses peut surprendre ceux qui la croisent sur le marché. Quand il s’agit de conjuguer vie publique et vie préférée, elle sait pourtant qui a l’avantage : « Un homme va se consacrer entièrement à son mandat, se coupant parfois des choses qui l’entourent ; une femme saura concilier sa vie personnelle et professionnelle sans décrocher de l’une ou de l’autre. » À 68 ans, la présidente de la Région aurait pu se contenter d’honorer ce qu’elle appelle affectueusement son « autre mandat », celui de grand-mère. Pourtant, cette fusion, à laquelle elle croit beaucoup, la pousse à repartir en campagne, sans ambition personnelle assure-t-elle.

Infaillible dans son raisonnement, quand certains mettent en concurrence Dijon et Besançon, elle voit au contraire une complémentarité à développer. « Je crois beaucoup à la coopération mais je sais aussi qu’il faut bâtir de racines solides, cela prendra du temps. » La méthode préconisée est celle du bon sens : recréer un contact direct entre l’institution et la population, sortir du bashing dont le monde politique fait l’objet, « ne pas attendre les élections pour aller à la rencontre des gens, montrer que l’action politique est noble car elle est au service des citoyens ». Les grands thèmes ne manquent pas. Transition énergétique, orientation des jeunes, emploi, environnement et fraternité sont les combats que la présidente de la Bourgogne-Franche-Comté compte bien mener le plus loin possible. Parole de femme engagée.

Partages
0

Vous aimerez peut-être aussi