Se livrer n’est pas une pratique courante dans la famille Boisset.  Nathalie, fille de Jean-Claude et sœur de Jean-Charles se confie avec pudeur et enthousiasme sur la formidable aventure du groupe viticole le plus important de Bourgogne. Échange intime entre les murs de la Maison Vougeot…

Par Dominique Bruillot – Photo : Jonas Jacquel

Fille de ? Bien évidemment, Nathalie Boisset ne le renie pas. Elle est la fille de Jean-Claude Boisset, l’homme qui, en 1961, dans une modeste cave de Gevrey-Chambertin, posa les bases d’un empire à la fois bourguignon dans l’âme et international dans la construction. Sœur de ? Pourquoi pas. Son frère Jean-Charles, avec lequel elle entretient une indéfectible complicité, a fait carrière aux États-Unis, en implantant le groupe familial à l’échelle de la mappemonde, mais aussi, sans doute, pour s’offrir son propre marqueur de réussite. Laissons cela aux analystes en tout genre, ils sont légion. Dans les faits, Nathalie Boisset reste elle-même. « Boisset c’est notre nom, une marque en même temps », reconnaît l’élégante et toujours souriante quinquagénaire. « L’histoire aurait pu s’écrire autrement, d’ailleurs, il y a mille façons d’écrire une histoire. »

« Je ne peux pas tout dévoiler »

On ne va pas se cacher derrière son petit doigt : le nom de Boisset est un ovni génial de la Bourgogne. Un peu à la manière de Boisseaux à Beaune, quand celui-ci créait et drivait aussi bien les caves Patriarche que les bulles de Kriter avec, peut-être, une fibre territoriale en plus, qui participe de son formidable développement. Parti de rien, le patriarche et père de Nathalie, a développé un système qui fait non seulement de lui le principal acteur bourguignon du vin mais en prenant pied dans le reste de la France avec des acquisitions pour la diffusion de ses productions. Aux États-Unis aussi, avec le concours démonstratif de Jean-Charles, qui a épousé l’une des héritières du groupe Gallo, un mastodonte mondial du vin, tout en sachant conserver son empreinte indélébile dans le territoire bourguignon et dans la discrétion. On parle de Jean-Claude Boisset à tout moment mais on le voit peu, finalement. Le personnage a tissé sa toile, il suscite l’admiration, rarement la critique. Il est le plus discret et sans doute le plus mystérieux des « serial winers ».

Alors, « fille de » Nathalie ? Il est où papa ? « Je ne peux pas tout dévoiler », répond celle qui reconnaît au paternel la légitimité du créateur : « Après tout, il a été le papa de ce groupe dès l’âge de 18 ans. » Ce père, si peu visible dans les réceptions, financier de haute inspiration, demeure présent à tous les instants. « Nous lui sommes reconnaissants, cela fait partie de la base de données du système ; je ne veux pas parler à la place de mon frère mais lui comme moi savons que rien ne s’est fait par hasard », résume l’héritière.

Dans un élan commun, Jean-Charles et son épouse américaine Gina Gallo, Nathalie Boisset et son compagnon Jean-François Curie, le directeur général du groupe, ont créé la Maison Vougeot pour offrir à leurs visiteurs un étonnant sas de décompression entre le mythe d’une réussite hors normes, souvent porteuse de fantasmes, et la réalité d’une famille qui voit loin. La Maison Vougeot, à Vougeot, à un jet de bouteilles de la maison paternelle, permet à tout un chacun, les importants clients du groupe en l’occurrence, de prendre un peu part à cette extraordinaire saga.

« Pas une femme d’affaires »

Avec son cadre quasi surréaliste, la Maison Vougeot ressemble à un cabinet de curiosités où se mélangent, de manière envoûtante, la magie des vins et un peu de l’histoire des Boisset. Des photos de l’album de famille en attestent. C’est comme une seconde maison pour Nathalie qui, avec son indéfectible complice Véronique Desmazure, veille sur les relations presse et la communication du groupe comme sur la prunelle de ses yeux.

Dans une Bourgogne en mouvement perpétuel, secouée par la dérive du foncier et l’attractivité d’un territoire élevé au rang de produit de luxe, on est parfois en droit de se demander ce que le secret Jean-Claude Boisset, entouré de ses fidèles lieutenants, envisage pour l’avenir. Contrairement à son fils Jean-Charles, l’homme n’a même pas de page Wikipédia qui lui est dédiée. C’est tout dire de son obsession à ne pas se livrer en pâture.

Une chose est sûre, le groupe familial pense à l’avenir. « Sur le papier, nous avons une vision sur 5 à 10 ans de ce qu’il se passera, avec de vraies stratégies de développement et un encadrement programmé de cette stratégie », lâche avec prudence Nathalie. « Jean-Charles a lui-même épousé une grande famille du vin, nous sommes ancrés dans le monde du vin, en France comme en Californie, et si je ne suis pas une femme d’affaires dans l’âme, je sais que nous sommes sur la même longueur d’ondes », poursuit celle qui assume son rôle de communicante pour le groupe, pour la famille plus largement.

La place des femmes

Au quotidien, Nathalie Boisset œuvre pour l’image de la grande maison. Une « mosaïque dans laquelle on ne peut pas parler de Bouchard Aîné comme on parle du domaine de la Vougeraie, la stratégie de la communication n’a rien d’anodin ».

L’une de ses satisfactions repose sur la place des femmes dans un ensemble qui représente près d’un millier d’emplois : « La part féminine a littéralement explosé dans notre environnement, c’est un vrai plaisir car aujourd’hui, sur une dizaine de vinificateurs du groupe, la moitié sont des femmes, diplômées et plutôt jolies. Les femmes se sont imposées, je l’ai constaté en l’espace d’une génération. »

Voilà qui remet l’église au milieu du village.

www.lamaisonvougeot.com

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