Parité Hommes – Femmes

Depuis les dernières élections départementales, les femmes sont sur un pied d’égalité avec les hommes, dans l’assemblée comme dans les grandes missions du Département. Une avancée qui promet de changer la donne en politique ?

En mars dernier, quarante-six conseillers départementaux ont été élus. Parmi eux, vingt-trois femmes ! Alors oui, les femmes ne font pas leurs entrées au département, certaines y avaient déjà un siège mais bon, c’est la première fois qu’elles y sont à égalité avec ces messieurs. Dans la liste des « petites nouvelles », on retrouve Marie-Claire Vallet. À 44 ans, elle occupe déjà des fonctions politiques comme conseillère municipale à Pontailler-sur-Sâone et conseillère communautaire. Mais pour pouvoir se présenter avec son binôme masculin, il a fallu qu’un homme lui laisse la place. Joël Abbey, conseiller départemental depuis 17 ans, a donc renoncé à un nouveau mandat. « Il était temps de passer le relais. Je voulais me consacrer à ma commune et je me fixe de nouveaux objectifs politiques avec les élections régionales. » Pour le maire de Pontailler-sur-Saône, Marie-Claire Vallet symbolise l’arrivée d’une nouvelle génération. Loin du clivage homme-femme, Joël Abbey explique avoir avant tout choisi des compétences. « Intelligente, disponible, à l’écoute des habitants et des élus, avec une bonne formation à l’école de commerce, elle a affiché sa volonté de travailler localement et j’ai voulu qu’elle me remplace. » Dit comme ça, la féministe qui sommeille plus ou moins en nous est heureuse de voir un homme politique juger quelqu’un sur son engagement public plutôt que sur son genre.

L’avenir de l’homme !

D’un autre côté, difficile de trouver un homme politique qui oserait crier tout haut que la parité, ça le gêne, ou oser poursuivre son propos quand celui-ci commence par « oui c’est bien, mais… ». Ce serait, pour le coup, politiquement incorrect, et prendre le risque de se mettre la majorité de l’électorat à dos. Qu’ils soient politiques, journalistes, chefs d’entreprise ou salariés, j’ai imaginé (et entendu) des hommes qui jugeaient l’arrivée des femmes comme un passage en force, une façon de faire plaisir à l’électorat féminin ou de montrer que la vieille France sait faire comme les autres sans véritable conviction. Pour ces messieurs, le problème ne réside pas tant dans l’arrivée des femmes mais dans le fait qu’il faille confier des missions à ces nouvelles élues. Marie Claire Vallet a ainsi hérité de la présidence de Côte-d’Or Tourisme, évinçant celui qui occupait la fonction depuis de nombreuses années, Jean-Pierre Rebourgeon : « La parité me semble être normale, en plus ça apporte un nouveau souffle. Pour autant, je crois être de ceux qui lui paient le plus lourd tribut ». Comprenez que Jean-Pierre Rebourgeon a perdu les responsabilités qu’il occupait à l’agence départementale du tourisme, mais aussi à d’autres postes éminents, majoritairement (mais pas uniquement) au profit de femmes. « J’ai quelques regrets mais je suis heureux de voir la parité, le changement a du bon. C’est la manière un peu brutale dont on m’a prévenu qui me fait réagir, mais il est bien que d’autres personnes s’investissent. Les femmes voient des choses que les hommes ne voient pas et inversement. » Destiné à d’autres missions au sein du conseil départemental, Jean-Pierre Rebourgeon ne reste pas amer et souhaite accompagner désormais les nouveaux élus, hommes et femmes.

L’élégance au pouvoir

Si la parité touche les élus, elle concerne aussi, au quotidien, celles et ceux qui vont travailler avec ces femmes devenues conseillères départementales. Pascale Lambert, directrice de Côte-d’Or Tourisme, a déjà noté des changements. « D’abord, cela se voit, physiquement. J’entends : quand on est à l’assemblée départementale, l’allure a changé, on voit cette présence féminine. Les femmes arrivent en masse dans la lumière. » Au-delà des apparences, elle espère et imagine plus que ça. « Ce qui change peut-être dans cette élection, c’est qu’elle apporte dèjà un bain de fraîcheur dans l’assemblée. Et puis, on suppose du féminin qu’il est tout autant dans l’intuition que dans le rationnel, comparé à des hommes plus factuels. On peut aussi supposer qu’en tant que femme, Marie-Claire Vallet partage le même type de préoccupations que notre équipe, très féminine. » Pascale Lambert suppose aussi qu’en tant que femme, Marie-Claire Vallet doit être habituée à jongler avec les rôles et les fonctions. « Elle apportera cette aisance à évoluer dans différents univers qui se télescopent parfois. » En professionnelle, elle ne manque pas d’ajouter : « On a un travail à faire et que ce soit des hommes ou des femmes, on le fait ! » La principale intéressée ne veut pas non plus opposer les deux sexes. « Je ne vois pas le féminisme comme un combat contre les hommes même si par le passé, il était nécessaire. Désormais je le perçois plutôt comme des valeurs que j’essaie de porter, une estime de soi qui nous autorise à viser les mêmes responsabilités. » Féminine, élégante du maquillage à la jupe en passant par les bijoux, Marie-Claire Vallet n’est pas de celles qui veulent se masculiniser pour se sentir à leur place en politique. « Les combats menés en amont nous permettent aujourd’hui d’être sereines tout en restant vigilantes quant à la place de la femme. Il ne faudrait pas de loi pour qu’une femme accède à un mandat, mais ce coup de pouce législatif rompt le cercle des habitudes prises jusqu’à présent. » À en croire les chiffres, les habitudes doivent encore être bousculées puisqu’après ses élections, seules dix femmes président un conseil départemental sur les cent un que compte la France. Mais Marie-Claire Vallet fait preuve d’humour et d’un certain féminisme optimiste quand elle s’adresse à ces confrères :

 

« Messieurs, faites attention,
dans quelques décennies,
c’est la parité qui vous protégera. »

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Ministre d’ouverture

 

Alors ministre de la Fonction publique, François Sauvadet initiait une loi en 2012 pour introduire des objectifs chiffrés de représentation équilibrée dans l’encadrement supérieur et dirigeant des trois fonctions publiques (40 % de femmes parmi les hauts fonctionnaires nommés d’ici 2018). Cette loi prévoit notamment des amendes en cas de non-respect de ces obligations. Une façon de lutter contre les inégalités en matière de déroulement de carrière ou d’accès aux emplois à responsabilité.

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