Au moment même où certains clubs de l’élite du handball féminin traversent une passe difficile sur le plan financier, le Cercle Dijon Bourgogne et son capitaine Léa Terzi renouent avec l’optimisme. Réaliste, attachée comme jamais à son club, la jeune Dijonnaise se confie.

 

Dépôt de bilan de Mios, difficultés du côté de Nîmes, baisse du budget à Fleury… la Ligue féminine de handball est-elle en péril ?
Léa Terzy : La création de la LFH en 2008 a été accueillie comme une évolution positive par les acteurs du handball féminin. Cette ligue assure aux joueuses de handball d’exercer leur passion en profitant d’un statut salarié.

Mais aujourd’hui, les exigences de la LFH mises en place pour développer notre sport et la visibilité de ses actrices n’ont pas forcément porté les fruits que l’on attendait. Entre les clubs qui ont déposé le bilan, ceux qui ont préféré retourner en deuxième division pour faire face à leurs problèmes financiers, et la baisse de la masse salariale de gros clubs, on peut en effet s’inquiéter.

J’ose cependant espérer que la LFH n’est pas en péril, car elle défend le handball féminin français. Mais des questions doivent être posées. Des changements doivent être envisagés. Je sais que les acteurs (fédération, entraîneurs, présidents, dirigeants, etc.) se rencontrent pour réfléchir à notre prochain championnat et pour assurer l’avenir du handball féminin en France.

Les Dijonnais doivent-ils s’inquiéter pour le CDB ?
L. T. : Le CDB est loin d’être le plus gros budget du championnat. Mais il est encore vivant, malgré de nombreuses péripéties. Nous avons une équipe de dirigeants coriaces qui se bat pour que les handballeuses dijonnaises aient leur place dans la cité des Ducs si prisée par le sport professionnel masculin.

Plusieurs clubs vont se rapprocher de notre budget dès la saison prochaine. C’est une mauvaise nouvelle pour le handball féminin, puisque c’est un nivellement par le bas. Mais sur le plan local, cela permettra peut-être de viser autre chose que le maintien pour l’année prochaine. Ça ferait du bien à tout le club…

Comment les Dijonnaises et Dijonnais peuvent-ils vous accompagner et vous aider à pérenniser le CDB dans l’élite du handball féminin ?
L. T. : C’est d’abord à nous de donner envie aux Dijonnaises et Dijonnais de venir nous soutenir. Que ce soit en tant que supporters ou partenaires. Nous devons pour cela défendre les valeurs chères à ce club : le combat, la solidarité, l’abnégation, le don de soi… Nous avons besoin de revenir dans un cercle vertueux, un peu comme notre voisin bisontin.On aura ainsi un public qui nous pousse, des partenaires qui investissent pour développer le projet, et nous remporterons des victoires qui renforceront la volonté de nous soutenir. Il faut aussi des jeunes joueuses qui viennent prendre une licence avec le rêve de devenir la Marie Prouvensier de demain…

Comment vivez-vous ces problématiques dans le vestiaire du CDB ?
L. T. : Il y a des inquiétudes et c’est normal. On se demande qui sera le prochain club en difficulté. De plus, dans chaque club que nous rencontrons, nous avons d’anciennes coéquipières et amies, alors forcément, ça nous touche.

Comment, en tant que joueuse professionnelle, vit-on ce genre de situation ?
L. T. : C’est assez confus. Parfois je suis inquiète, mais le plus souvent je suis en colère. Je n’ai pas les compétences pour gérer un club professionnel et je suis consciente que de nombreux éléments m’échappent, mais je ne comprends pas comment les clubs peuvent continuer à proposer des salaires alléchants pour attirer des joueuses de classe internationale alors qu’ils n’ont pas les moyens de le faire.

À Dijon, les joueuses et le staff ont été frustrés par le maigre recrutement de l’intersaison. Mais nos dirigeants s’attachent à respecter le budget que nous avons, point. De ce fait, nous puisons dans notre centre de formation, nous proposons une équipe jeune avec ses avantages et ses inconvénients. Beaucoup de nos jeunes pousses ont eu l’occasion de s’aguerrir cette saison. Si elles continuent à s’investir sérieusement, c’est de bon augure pour la suite.

L’ensemble de ces décisions a-t-il eu une incidence sur la saison du CDB ?
L. T. : Au début, nous nous étions toutes mises en mode « objectif play-off », les victoires contre Besançon et Mios-Bordeaux-Bègles, des concurrents directs, nous maintenaient dans la course. Mais le dépôt de bilan du club aquitain nous a handicapées. Certes, on était assurées en octobre de se maintenir, mais l’annulation des points acquis contre Mios nous mettait quasiment hors jeu pour la 6e place.

Comment allez-vous aborder les dernières échéances de la saison ?
L. T. : Tout le monde pense déjà à la prochaine saison. Nous sommes toutes impatientes ! On sent qu’il va y avoir du changement dans de nombreuses équipes, au CDB surtout, et je crois que le championnat qui nous attend l’an prochain sera captivant !

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