Téléphones portables, smartphones, réseaux sociaux rapides, applis comme Snapshat, Whatsapp et autre Facebook messenger servent la (noble) cause de la libido des couples, légitimes ou non. L’ère du numérique met du piment dans l’intimité. 8 personnes sur 10 sont passées à l’acte. Alors parlons-en !

Sexe à la lettre

Autrefois, on envoyait des lettres qu’on mettait des heures à écrire, que le destinataire attendait pendant des jours, avec le fameux coup au cœur quand la lettre en retour (parfumée ou non) arrivait enfin. On la lisait, relisait, on la conservait, on y répondait. Cela a permis à plein de gens de faire des progrès considérables en orthographe – ou pas – tout en illuminant leur vie. George Sand nous éblouit encore de sa virtuosité littéraire et érotique. Les soldats, sur le front, se lâchaient
– à l’image d’un certain Guillaume Apollinaire dont on a publié la correspondance très très épicée avec la belle Louise de Coligny, que je vous recommande. Les échanges sulfureux entre madame de Merteuil et le vicomte de Valmont ou le lyrisme de Cyrano qui écrivait pour un autre restent dans la mémoire de chacun. Le grand bouleversement est arrivé il y a 150 ans avec le téléphone, puis le Minitel (Xavier Niel ne remerciera jamais assez la couleur rose), puis Internet avec ses courriels et ses webcams… et enfin notre téléphone portable, véritable extension de nous-mêmes. Les séries télévisées, emmenées par l’historique Sex in the City, ont décomplexé le langage autour du sexe. Il est désormais normal de parler ouvertement de notre intimité, entre la poire et le fromage, et de l’art de faire un bon sexto !

Sexting in the city

Mais d’abord, qu’est-ce qu’un sexto ? C’est tout simplement un message « explicite » et immédiat, en mots ou en images, qu’on envoie à son partenaire par SMS ou tout autre moyen de communication à disposition en cette ère bénie de l’ultraconnexion. Auparavant, cela ne concernait que les libertins ou les aventuriers du sexe mais, depuis quelques années, le sexting s’est considérablement démocratisé et une étude récente* révèle que 8 personnes sur 10 pratiquent cette chaude activité. Le plus surprenant ? Si 20 % des adolescents avouent pratiquer le sexting, c’est au sein des couples légitimes que l’envoi de messages sexy est le plus fréquent. Les sexoteurs déclarent que cela a considérablement épanoui leur vie intime. Dans une autre étude**, il apparaît que les femmes prennent plus facilement l’initiative
et qu’elles sont bien moins craintives que les hommes en matière de sexting. Enfin, un autre rapport souligne que cette pratique est maintenant bien connue, et devenue banale.

Les voyageurs, les marins au long cours, les amants éloignés le savent depuis longtemps : la vie moderne permet, avec ce type d’outils, de faire durer le couple. D’autant plus que l’éloignement rend très imaginatif. Un message « chaud-bouillant » ou évocateur, un signe régulier, un échange par photo ou caméra permettent d’entretenir la relation et de créer une bulle d’intimité, de rappeler des moments intenses ou d’en promettre d’autres, dans une grande complicité. Il permet aussi
de se dire ce qu’on ne se dit pas habituellement et de connaître la personne d’une manière privilégiée : l’écran permet de se libérer et de se confier différemment , tel qu’on ne le ferait pas dans la vie réelle.

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Sexy pas porno 

Le sexto est idéal pour faire oublier une dispute et pour préparer une réconciliation sur l’oreiller (« Tu es beau/belle quand tu es en colère… ou en photo »).  Il permet
de relancer une conversation ennuyeuse : rien de mieux qu’un petit mot hors contexte et un peu chaud au milieu d’un échange sur les courses ou le menu du soir (« Au fait, j’ai envie de toi, là »).

Il permet d’alléger et d’égayer la vie de l’autre. Quoi plus décalé que la promesse d’un baiser sur la partie la plus charnue de votre anatomie, pendant un entretien professionnel ou une réunion ennuyeuse ? Il fait de vous une star. Prendre un selfie sexy n’est pas une mince affaire : il faut gérer l’éclairage, être sexy sans être porno, cacher ses défauts, valoriser ses points forts. Un gros plan sur un décolleté sera bien plus excitant qu’une photo plein cadre et mal éclairée de la partie la plus intime de votre anatomie.  Une recherche sur Scarlett Johansson devrait vous aider…

Sextoteur(se) in the TGV

En général, le ou la coupable a un air sérieux et concentré, voire innocent. Différents petits signes, cependant, ne trompent pas. Imaginez le TGV Dijon-Paris. Tout le monde est enfermé dans son petit monde virtuel. Certains travaillent : leur ordinateur est visible (ce qui n’est pas très malin parce que leurs concurrents savent
maintenant ce qu’ils font, petite digression), les papiers jonchent leur tablette, ils ont un air pas spécialement inspiré. Le sextoteur, lui, est plus sournois. Il a l’air de travailler, ou de regarder une série, mais il détourne son écran du champ de vision des voisins, il tient son smartphone d’une manière improbable et pas du tout naturelle, pratiquant ce fameux twist du sexto. Surtout, il est fasciné par son écran, il répond lentement – parce qu’il faut réfléchir pour rebondir, c’est un art –, à une cadence régulière. Pas du tout comme quand on répond à des textos lambdas ou qu’on regarde ses mails. Le signe ultime, c’est cet air lascif et ce sourire dépravé, preuve certaine du flagrant délit. Si vous pratiquez le sexto, on ne vous le fera pas, vous saurez très bien décoder ce sourire-là…

Sextoteur(se) en société

Dans une réunion ou en plein apéro, la personne peut s’absenter subitement d’un air très affairé, avec une excuse irréfutable (« Umf, je dois régler un truc… »). Elle se dirige vers un endroit retiré. On nous a rapporté des bruits suspects d’appareils photo déclenchés dans des toilettes ou dans les douches des salles de sport avant que n’en sorte une personne très sérieuse et innocente comme l’enfant qui vient de naître, le téléphone à la main.

Dans une manifestation officielle, un dîner entre amis ou une réunion, le sextoteur a une tactique. Il répond en pensant que personne ne voit qu’il le fait, tente de suivre une conversation en même temps pour sauver les apparences, en appuyant subrepticement sur « envoi ». Or, TOUT LE MONDE répond à ses messages sans aucune gêne ou complexe, quelle que soit l’occasion, même si c’est très impoli. Quand on le fait discrètement, c’est souvent qu’on a quelque chose à cacher.

Sexting error

Mais le sexting peut parfois mal tourner. Qui n’a pas un jour envoyé de texto à la mauvaise personne ? Qui ne s’est jamais trompé de fenêtre en menant plusieurs conversations en même temps ? Sans oublier les diffusions malencontreuses ou malveillantes de messages ou photos compromettants qui peuvent provoquer de vrais drames. Et ça arrive à tout le monde : George Clooney et Rihanna ont récemment raconté à Ellen DeGeneres leurs déboires en matière de sexting. Tout le monde se souvient aussi de cet homme politique qui a tweeté une grosse envie de se coucher en compagnie de son interlocutrice. Sans oublier, bien sûr, les adolescents et les personnes fragiles qui sont retrouvés exposés pour le pire, au point de perdre l’envie de vivre***.  Alors le sexto, oui, mais en connaissance de cause…

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Texto mode d’emploi

À faire

– Être évocateur tout en évitant la vulgarité : pas si simple !

– Jouer avec les mots et l’humour, avec le double sens, tout en évitant les quiproquos.

– Bien choisir le moment : éviter de mettre votre partenaire dans l’embarras… quoique !

– Savoir ce que vous attendez de cet échange : relation courte ou à long terme ? Cela influera sur votre manière de parler.

– Lâcher prise : tout ceci est un jeu, destiné à vous faire du bien, entre adultes consentants.

– Être romantique : car oui, l’érotisme fait partie de l’amour et permet de renforcer les liens.

À ne pas faire

– Envoyer un sexto avant le premier rendez-vous ou juste après.

– Envoyer le sexto à la mauvaise personne.

– Faire suivre un sexto à un copain pour se vanter : j’en connais qui l’ont fait et se sont trompés de destinataire…

– Sextoter avec un inconnu : une diffusion sur internet peut si vite arriver… et rien de plus gênant que de réaliser que vous sextotez avec quelqu’un qui ne vous plaît finalement pas.

– Utiliser son téléphone professionnel ou alors utiliser des applis sécurisées.

– Ne pas effacer l’historique, surtout si vous avez des enfants et que votre téléphone circule…

– En abuser, au risque d’être addict ou de lasser votre partenaire.

– Parler en langage SMS si vous avez plus de 16 ans.

Isa-la-cultureuse


* Emily Stasko, « How common is sexting ? », Drexel University à Philadelphie, à lire ici: http://www.newswise.com/articles/how-common-is-sexting.
**
« Let my fingers do the talking : sexting and infidelity in cyberspace », Diane Kholos Wysocki, Cheryl D. Childers.

*** Une étude publiée dans la revue Archives of sexual behavior en juin 2014 démontrait que, si près d’un jeune sur 5 avait déjà envoyé une photo « sexuellement explicite » de lui-même via son téléphone portable, près de 40% des jeunes déclaraient avoir déjà reçu un sexto… Parmi eux, 25% l’avaient par la suite transféré à une ou plusieurs personnes.

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