Elle avait un peu plus de 20 ans et une première expérience de scénariste avec Le corniaud. Fille de Gérard Oury, amie des grands amis de la famille, les Frédéric Dard et tant d’autres, elle revient sur cette période fabuleuse de la création de La Grande Vadrouille. Un demi siècle ans après, toujours pétillante, la réalisatrice a connu en Bourgogne ce qui fera d’elle une grande dame du cinéma.

Par Dominique Bruillot

En septembre Cézanne et moi fera la « une » des revues cinéphiles, avec deux acteurs de grande envergure, deux Guillaume qui cartonnent au box office avec le talent qui va avec (ce qui n’est pas toujours le cas), Cannet et Gallienne. Ce tournage effectué pas très loin de chez nous, dans l’Allier, qui raconte en creux l’incroyable et improbable histoire d’amitié entre le peintre mythique et l’écrivain engagé, risquerait d’occulter un autre événement pourtant cher à la réalisatrice : le cinquantième anniversaire de La grande vadrouille. Meursault ne l’oubliera pas et l’Hôtel du globe, sorti tout droit de l’imagination de la scénariste et fille de Gérard Oury (elle n’avait que 22 ans à l’époque), va enfin renaître de ses cendres et exister aux yeux des touristes qui, depuis un demi-siècle le cherchent en vain. Une grande fête populaire (et locale) sera organisée dans ce but, début septembre.

Danièle Thompson est une femme d’un âge respectable qui n’a rien perdu de sa candeur. « Mon père et Marcel Julian m’on accueillie de bon cœur témoigne-t-elle aujourd’hui, sans doute était-ce pour me rapprocher d’eux, sans doute aussi considéraient-ils que j’étais un peu douée pour cette mission ». On ne peut pas lui donner tort. La belle vivait alors près de son mari, aux Etats-Unis. C’est de là-bas, après avoir participé à l’écriture du Corniaud, qu’elle a pris part à l’un des plus légendaires films du cinéma français, tourné en Bourgogne.

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César, ouvre toi

« Je ne connaissais pas la guerre, mais j’avais cette naïveté et cet entourage fabuleux qui m’ont inspirée », reconnaît Danièle. Et peut-être un peu d’innocence, qui lui a permis de ne pas être effrayée par l’enjeu : « C’est un gros film qui se faisait, une grosse machine, mon rôle était de construire une histoire inattendue, avec un rythme cinématographique capable de tenir le spectateur en haleine. » 

Objectif atteint, explosé, dynamité, avec plus de 17 millions de spectateurs que seuls les « Ch’tits » de Daniel Boon finiront pas détrôner, dans un tout autre contexte il est vrai. La grande vadrouille doit beaucoup aux souvenirs d’enfance de la scénariste, à ces « paysages qui ont traversé mon enfance, quand nous descendions vers le sud. » A un grand sens de l’esthétique aussi et à une foule d’astuces qui ont conduit l’équipe réalisatrice du film (« Le temps c’est ce qu’il y a de plus cher au cinéma »), à tourner certaines scènes dans l’Yonne à Vézelay ou entre les murs de Noyers-sur-Serein.

50 ans après, La grande vadrouille est éternellement associée aux Hospices de Beaune, un lieu « immuable » selon Danièle Thompson. 50 ans après, cette dernière conserve un regard tendre pour cette prouesse de sa jeunesse, ne rechignant pas à voir et revoir le long métrage, « avec la même distance, celle du spectateur, et le mélange des souvenirs de la fabrication du film ». La carrière de cette grande dame du septième art semble inépuisable. Ce Cézanne dont on attend beaucoup, un césar pour l’ensemble de son œuvre (why not ?), n’est qu’une étape de plus. Elle a mené l’enquête pour s’immerger dans la relation complexe entre deux grands artistes, inspirée au départ du projet par les raisons de leur fâcherie. Danièle Thompson n’a pourtant rien d’une « vagabondeuse » : à ce jour, elle nous l’a confié personnellement, elle préfère se voir comme une « vadrouilleuse » du grand écran. Alors « mon vélo, mes chaussures… et puis quoi maintenant ? »

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Née dans le berceau du cinéma populaire, celui notament de La grande vadrouille, Danièle Thompson (avec son père Gérard Oury dans ses 20 ans, photo de gauche), se passionne aujourd’hui pour l’intimité de Cézanne et Zola.
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