Féministe assumée mais pas aveuglée, Jacqueline Bongard est la présidente du CIDFF21 (Centre d’information sur le droit des femmes et des familles) depuis douze ans. Son association lutte contre les violences sexistes et informe des questions de vie familiale, de parentalité et de citoyenneté. De quoi avoir un avis tranché sur ces questions et appeler à la prise de conscience pour un avenir plus équitable. Interview bien trempée.

Qu’est-ce qu’une femme de caractère ?

Une femme qui a des opinions et qui les défend avec conviction, tout simplement.

Les femmes doivent encore se battre pour l’égalité. Normal ?

Le machisme et le patriarcat sont tellement ancrés dans la société que les changements prendront des décennies. Certains textes de lois sont passés, mais il reste à les appliquer. Il faut aussi se battre pour les femmes : 149 000 se sont déclarées victimes de violence en 2015 et seulement 7% ont porté plainte… Au CIDFF, qui regroupe 13 permanences en Côte-d’Or, notre objectif est d’arriver à l’autonomie des femmes, de les informer sur leurs droits afin qu’elles puissent avoir la force de les revendiquer.

La loi sur la parité, rêve ou réalité ?

Réalité puisque la loi existe. Pourtant, les femmes présentes dans les listes restent sous-représentées aux postes clés.

Y compris en politique ?

Il suffit de voir les chiffres. Malgré huit lois et une révision de la constitution depuis 1999, il n’y a eu que 16% de femmes maires aux dernières municipales. Je pense aussi à ces propos hallucinants d’un eurodéputé (ndlr, Janusz Korwin-Mikke, député polonais d’extrême-droite habitué aux « dérapages », a déclaré en mars que les femmes étaient « plus petites, plus faibles et moins intelligentes »).

Le milieu politique serait donc aussi sexiste qu’on le dit ?

Ils avancent ! Il y a toujours de nouveaux textes. Mais partout, y compris en France, j’observe des tentatives de les faire reculer, notamment sur l’IVG.

Et les revenus, dans tout ça ?

Il existe toujours, à poste égal, des écarts de salaires d’environ 20% entre hommes et femmes. En plus, les femmes gardent majoritairement les tâches ménagères, ce qui les pénalise y compris au niveau professionnel car les congés maternités sont toujours mal perçus. Les femmes sont aussi majoritairement représentées dans les emplois non-qualifiés et les temps partiels subis.

En Côte-d’Or, les femmes sont-elles globalement en sécurité, bien traitées ? 

Les chiffres correspondent à la moyenne nationale. Par exemple, 100 % des utilisatrices de transports en commun ont été victimes d’un harcèlement au moins une fois, ici comme ailleurs.

De manière plus personnelle, quelles sont les trois qualités que vous appréciez chez un homme ?

Fiabilité, esprit d’initiative et tendresse.

Qui fait le ménage et les courses chez vous ?

C’est partagé en fonction des appétences de chacun, on cherche des compromis !

La femme ou l’homme que vous admirez ?

Gisèle Halimi, la fameuse avocate au procès de Bobigny, en 1972. Elle a défendu et obtenu gain de cause pour une femme qui avait avorté suite à un viol. C’est une féministe convaincue.

Celui ou celle qui vous n’aimez vraiment pas ?

Personne en particulier, mais tous les hommes – ou les femmes, d’ailleurs – qui veulent maintenir la femme dans un état de soumission quel qu’il soit.

Êtes-vous fière d’être féministe ?

Je suis fière de défendre mes opinions, même si ce n’est pas toujours facile. Les droits des femmes ne sont pas écrits dans le marbre. D’autre part, nous ne sommes pas féministes uniquement dans l’engagement et absolument pas dans le rejet de l’homme. On l’est dans sa façon de vivre et de se comporter. C’est une vision de l’égalité au quotidien.

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