Patty Loew est une universitaire américaine spécialiste des Amérindiens. Son histoire est intimement liée à la Bourgogne puisque ses aïeux ont pris ici-même les armes sous la bannière tricolore durant les deux guerres mondiales. Les derniers sentiers de la guerre est le récit de cette incroyable périple sur les traces de ses ancêtres, aux côtés des deux grands reporters Emmanuel Razavi et Sébastien Bouillé. 

Par Coline Repolt
Photos : E.Razavi et S.Bouillé

Patty Loew, la cinquantaine élégante, a le regard doux et pétillant. Elle est spécialiste de l’histoire amérindienne à l’Université de Madison, dans le Wisconsin. Née d’une mère ojibwé et d’un père allemand, elle s’intéresse naturellement à son histoire et sa culture : « Je devais avoir vingt ans quand j’ai commencé à m’intéresser à la culture ojibwé et à vouloir me rapprocher de ma communauté », se souvient Patty.

Fière de ses origines et soucieuse du devoir de mémoire, elle décide en 2007 de réaliser un documentaire sur l’histoire des Native American. Une aventure qui va révéler la véritable histoire de son aïeul. « Je savais que mon grand-père, Edward, avait participé à la Première Guerre mondiale mais il a toujours été très discret sur cette époque, explique-t-elle. Puis, il n’a jamais évoqué aucun souvenir devant sa famille. Quand j’ai commencé à récolter des informations pour réaliser mon documentaire, j’ai reçu un appel de mon cousin qui disait avoir quelque chose à me donner. Une semaine plus tard, j’étais en possession du journal intime de mon grand-père, dans lequel il racontait son quotidien au sein du Corps Expéditionnaire américain ».


WELCOME TO BEAUNE


Edward Denomey, le grand-père de Patty, s’engage dans le Corps expéditionnaire en 1917. Intégré au sein de la 32e division, il traverse l’Atlantique et se retrouve à Beaune, où les troupes américaines avaient installé l’un de leurs camps. « Je me souviens encore du choc que j’ai ressenti quand j’ai lu son journal. Il a vécu des choses terribles », raconte Patty, les yeux humides et la voix serrée. « Je suis très attachée à mon grand-père, j’étais très proche de lui. Quelques années après la découverte de son journal, quand Emmanuel Razavi et Sébastien Bouillé m’ont proposé de m’accompagner sur ses traces, c’était l’occasion de lui rendre hommage ».

C’est ainsi que durant l’été 2016, Patty se rend en France accompagnée des deux grands reporters pour ce qui restera de son propre aveux le plus beau souvenir de sa vie. « Quand nous sommes arrivés à Château Thierry, un petit village de l’Aisne, je me trouvais à l’endroit précis où mon grand-père était passé cent ans plus tôt. Je ne saurais décrire ce que j’ai ressenti mais c’était très fort. Je pensais à mon grand-père, qui à cette époque avait tout juste vingt ans, c’est-à-dire l’âge de mes fils aujourd’hui. J’imagine à quel point leur périple a été dur, loin de leur famille et confrontés à la mort quotidiennement. »

Rassemblement de vétérans indiens, célébrant les combats de leurs ancêtres sur le sol français.
Rassemblement de vétérans indiens, célébrant les combats de leurs ancêtres sur le sol français.

HÉROS MÉCONNUS


Ce sont douze milles Amérindiens qui s’engagent au sein du Corps Expéditionnaire en 1917. Une manière, pour certains, de perpétuer la tradition amérindienne : on ne devient un homme que lorsque l’on devient un guerrier. Pour d’autres, c’est le moyen de fuir la pauvreté de leur réserve. « Je pense que l’armée américaine a profité de ces nombreux volontaires pour en faire de la chair à canon. Il est important de raconter l’histoire de ces soldats, pour que la jeune génération comprenne qu’il n’est pas nécessaire de prendre les armes pour devenir un homme, il y a d’autres moyens de mener des combats », explique encore Patty, triste de voir que de nombreux jeunes amérindiens s’engagent encore dans l’armée pour s’acquitter de leur devoir.

Les derniers sentiers de la guerre nous remémore l’histoire de ces héros amérindiens, souvent méconnue du grand public, mais donne aussi à voir l’ultime combat de ces tribus autochtones dont les terres sont menacées. Question de mémoire.


LE GRAND VOYAGE

Emmanuel Razavi est grand reporter d’origine dijonnaise. Il a travaillé de nombreuses années  pour les médias français en presse écrite et pour la télévision. En 2004, alors qu’il couvre en Afghanistan les combats de la 101e division aéroportée américaine contre les talibans, il fait la rencontre d’un sergent sioux. « Cet homme m’a raconté l’histoire de ces Amérindiens engagés dans  le Corps Expéditionnaire américain durant la 1ère et la 2nde Guerre mondiale. J’ai immédiatement pensé que cette histoire méconnue devait faire l’objet d’un reportage », explique Emmanuel. De retour en France, il contacte le Côte-d’Orien Bernard Souteyrand, un historien spécialiste des Sioux, qui lui confirme les faits. Quelques années plus tard, en compagnie de son confrère, Sébastien Bouillé, et de Patty Loew, ils entament un long périple sur les traces des amérindiens venus combattre en France. De la Bourgogne en passant par l’Aisne, leur aventure s’achève en terres sioux, dans le Dakota du Nord aux Etats-Unis. Les derniers sentiers de la guerre a été diffusé le 27 mars dernier sur France 3 Bourgogne-Franche-Comté et est depuis disponible en replay.

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