Vice-présidente déléguée au sport, à l’égalité et la citoyenneté au Conseil régional, Laëtitia Martinez est particulièrement attentive à l’égalité femmes-hommes. En la matière, c’est promis, l’élue creusotine et son équipe défendent l’amateure comme la championne. Une politique flexible qui étend le champ des possibles.

Propos recueillis par Alexis Cappellaro

Quel est votre rapport personnel au sport ?

Un rapport familial, convivial et affectif. Avec un papa joueur et entraîneur, j’ai passé de nombreux dimanches au bord des terrains de foot et de belles soirées en famille devant les grands événements sportifs. Plus jeune, j’étais une vraie fan. C’était surtout pour passer de bons moments avec mes amis, ce qui m’a permis d’en tester plein : basket, handball, danse, natation… J’aimerais bien trouver plus de temps pour en faire et en regarder.
Le sport, c’est avant tout du bien-être, du partage, de l’émotion.

L’égalité et la citoyenneté font aussi partie de votre portefeuille. En quoi ces trois domaines sont-ils connexes ?

L’engagement en faveur du collectif, le respect de l’autre, des différences, des règles, tout ce qui nous permet de vivre sereinement ensemble s’éprouve dans la pratique sportive. Par son caractère universel, le sport est un formidable outil pour voir s’épanouir l’égalité et la citoyenneté. Avant que ma délégation ne s’élargisse, nous avions déjà traduit ces liens par un nouvel appel à projets destiné à accompagner toutes les initiatives qui valorisent les dimensions éducative et citoyenne du sport, notamment l’égalité femmes-hommes ou la lutte contre les discriminations. Le vaste travail de concertation et d’échanges avec le mouvement sportif est devenu un marqueur de la politique sportive régionale.

De quels leviers, financiers, structurels et humains, disposez-vous concrètement ?

D’abord, d’une volonté politique forte et partagée par l’ensemble des élu(e)s de la majorité régionale. La fraternité – qu’incarnent nos politiques sportive, culturelle, ou en direction de la jeunesse – est une priorité de notre mandat. Elle se traduit dans nos budgets. Quand d’autres collectivités font du sport une variable d’ajustement, en baissant leur implication financière, la nôtre n’a pas diminué d’un euro depuis la fusion des budgets des anciennes Régions. Dans le cadre de la loi NOTRe, nous avons récupéré la propriété du CREPS pour lequel nous portons une ambitieuse politique d’investissement, à l’image de ce que nous faisons à Prémanon. Puis, j’ai la chance d’être accompagnée par une formidable équipe totalement investie.

aDSC09343-1
Pour les Gazelles ou le DFCO Féminin d’Adeline Rousseau (ici bas), le haut niveau au féminin vit sur la base d’une politique sportive active censée rééquilibrer les écarts entre hommes et femmes.

La Région entend soutenir aussi bien la sportive amateure que la future championne internationale. S’ajoutent à cette mission la formation, l’emploi, le bâti… Comment placer le curseur des priorités ?

Vous avez raison de le souligner, une politique sportive n’est pas une politique de guichet. Elle est porteuse de sens et tisse des liens étroits avec d’autres politiques publiques comme la formation, l’apprentissage, le tourisme, l’aménagement du territoire… La politique sportive régionale marche sur deux pieds, deux piliers qui sont à mon sens indissociables : le haut-niveau et le sport pour tous. Même quand nous soutenons le haut-niveau, nous ne perdons jamais de vue l’égalité et la justice sociale. Deux exemples : l’accompagnement financier conséquent des deux clubs de LNH (le CDB et l’ES Bisontine) ou encore l’aide aux sportifs de haut-niveau plus importante pour les boursiers.

Avec quelles idées en tête ?

Durant la première partie du mandat, nous avons travaillé à unifier les dispositifs d’intervention des deux anciennes Régions. Nous avons fixé trois priorités : la structuration du haut-niveau en région ; une politique sportive d’égalité, de justice sociale et à l’écoute des pratiques sportives de notre population ; la formation et l’emploi dans le sport. Trois priorités rythmées par la perspective d’une Bourgogne-Franche-Comté olympique, des JOJ de 2020 et JO et Paralympiques 2024.

Nous comptons parmi les régions les plus sportives de France. À quoi cette vitalité tient-elle ?

Outre une forte tradition sportive dans nos territoires, je pense qu’elle tient à la place importante des sports de nature dans notre région. Nous avons un patrimoine bâti et naturel magnifique et très riche : le kayak, le cyclisme, la randonnée, sans oublier les sports de montagne qui trouvent à s’épanouir dans un cadre superbe.

L’égalité femmes-hommes vous préoccupe. Cela veut-il dire qu’un club devrait idéalement compter autant de licenciés que de licenciées ?

Les clubs de Bourgogne-Franche-Comté comptent 37 % de femmes licenciées, dans la moyenne nationale. L’objectif n’est pas que chaque club ou chaque discipline compte rigoureusement le même nombre de femmes et d’hommes. L’objectif est de soutenir le développement de la pratique du sport par les filles, de lever les freins – matériels ou culturels – qui les empêchent de pratiquer du sport ou un sport en particulier. Cela parce que la pratique sportive est un enjeu de santé publique, un outil d’émancipation, mais aussi car les sportives d’aujourd’hui peuvent être les championnes de demain.

aaDSC08593-copy

En BFC, 8 % des 95 000 licenciés en football sont des femmes, 7 % des 13 000 que compte le rugby et… 82 % des 30 000 fans d’équitation. Quelle lecture faites-vous de ces statistiques * ?

D’abord, je suis heureuse de constater que la proportion de footballeuses et rugbywomen est supérieure à la moyenne nationale en Bourgogne-Franche-Comté et que, globalement, cette proportion tend à augmenter partout, saison après saison.
Les chiffres que vous évoquez nous disent que les stéréotypes ont la peau dure, qu’il existe encore des « sports de fille » et des « sports de garçon ». Le rugby et le foot doivent retenir particulièrement notre attention car il s’agit de sports très populaires, qui bénéficient d’un grand nombre d’équipements et de financements, portés majoritairement par l’action publique. De premières études montrent que les politiques sportives bénéficient plus aux hommes qu’aux femmes. L’action régionale s’inscrit dans la correction de cette inégalité.

En 2018, une jeune burgondo-comtoise est-elle mieux lotie qu’une autre en termes d’offre sportive et de conditions d’accueil ?

Pour le savoir, il faudrait une étude sur les conditions d’accès des femmes à l’offre sportive en France et on manque encore beaucoup de données sexuées pour appréhender nos politiques publiques. Une chose est sûre, le Conseil régional s’engage pleinement pour qu’une jeune sportive trouve la meilleure offre et les meilleures conditions d’accueil.
L’égalité femmes-hommes irrigue l’ensemble de notre politique sportive : axe obligatoire des contrats que nous passons avec les comités régionaux, appel à projets spécifique, création d’un réseau de femmes dirigeantes dans le sport… Plus récemment, nous demandons aux collectivités qui, dans le cadre de la construction ou de la rénovation d’un équipement sportif sollicitent une subvention, de nous préciser la place faite aux jeunes filles dans l’occupation de l’équipement.

De façon plus générale, avez-vous le sentiment que les médias ont encore des progrès à faire dans leur considération pour les événements sportifs féminins ?

Oui ! Mais il faut le reconnaître, la médiatisation a beaucoup progressé, passant de 7 à environ 18 % de l’espace médiatique entre 2012 et aujourd’hui.
Pour autant, nos sportives et leurs exploits méritent une plus grande place. Pour ne prendre que les événements les plus récents, quelle place pour la victoire de l’Equipe de France féminine au tournoi des 6 nations cette année, pour les médailles de Marie Bochet aux Paralympiques de Pyeongchang, face aux compétitions masculines ? D’autant que les attentes sont là, pour preuve l’engouement de tout un territoire pour les médailles d’Anaïs Bescond.

Sans parler des éléments de langage…

Il faut mieux parler des exploits des sportives. Arrêter de rapporter les exploits des femmes en référence aux hommes. « Flo, t’es un vrai mec », titrait L’Équipe quand Florence Arthaud a remporté la route du Rhum ! L’exemple n’est pas récent mais assez significatif. Le jour où on arrêtera de parler des « jolies, charmantes et souriantes sportives », on aura franchi un grand pas. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai souhaité accueillir l’exposition Championnes françaises d’exception dans le bâtiment de la Région, salle Victor Hugo à Besançon, du 8 mars au 13 avril, pour mettre en lumière ces championnes.

Qu’aimeriez-vous que l’on retienne au terme de votre mandat ?

Une politique sportive sensée, ambitieuse et qui aura réduit
les inégalités.

EspaceNordiqueJurassien©MonicaDalmasso

* Source Ministère en charge des Sports, licences 2016

Partages

Vous aimerez peut-être aussi