La famille étant souvent au cœur de l’acte notarial, maître Brigitte Le Goff se sent bien dans son rôle, en tant que femme. Pourtant, cette fille de garagistes n’avait pas imaginé, au tout début de sa carrière, devenir associée dans une importante étude dijonnaise.

Par Dominique Bruillot / Photo : Christophe Remondière

Cette vraie Dijonnaise de souche avait envie de faire du droit, « pas forcément du notariat ». Fille de garagistes, elle se rend pourtant vite compte, en fréquentant les bancs de l’université, que le droit de la famille ne manque pas d’intérêt à ses yeux. À cette époque, la présence féminine n’est pas le fort du métier. Le choix du cœur, toujours bienveillant, la conduit à avoir un beau-père notaire justement. C’est son étude, à Chaumont, qu’elle intègre donc en premier.

Dinosaure

« J’étais alors loin d’imaginer qu’un jour je serai associée à une affaire », se surprend maître Brigitte Le Goff, bien des années plus tard. Pourtant, lorsqu’elle rejoint maître Xavier Alhertiere, en 1988, elle en prend bien le chemin. Jusqu’en 2000, où vient la consécration inespérée. « J’étais « principal », j’avais l’impression d’être un dinosaure dans la profession, j’avais envie de prendre de vraies responsabilités, de participer à la gestion et maîtriser les actes, de ne pas me retrouver systématiquement derrière la signature d’un autre », raconte la notaire déterminée, heureuse aussi de constater que ne pas être du sérail n’interdit pas de concrétiser ses ambitions : « Grâce surtout à la CDC (ndlr : Caisse des Dépôts et Consignations), qui aidait pas mal à l’installation. »

Il y a de la marge !

Ce long parcours s’accompagne de l’immuable constat d’une misogynie qui a cédé le pas à de nouveaux équilibres, certes, sans parvenir toutefois à éviter que « certains clients ne s’expriment pas d’égal à égal lorsqu’ils ont affaire à une femme ». Au sein de l’étude elle-même, qui comprend trois notaires associés, deux notaires salariés et une dizaine de collaborateurs, « le sexisme n’est pas encore totalement évacué ». Bref, il y a encore de la marge !
Ce genre de détails, la juriste les dépasse en mettant en avant les arguments qu’une femme peut déployer, ainsi « dans une relation de confiance avec plus de proximité et une appréciation plus personnelle, dans des situations de divorce ou d’adoption ».
Les successions ont sa faveur. « Pointilleuse sur tout », elle a le souci de « trouver des solutions équilibrées et d’informer toutes les familles de leurs droits, de ne pas faire des contrats léonins ».

L’instinct féminin

Car là est le risque, effectivement. Au moment de l’entretien avec Femmes en Bourgogne, le brouhaha médiatique fait autour de l’héritage de Johnny Hallyday en témoigne largement.
« En ce moment, tout le monde fait du droit international familial », s’amuse la notaire. Au quotidien, dans la vie de tous les jours, le défi est d’une autre nature : « Face à un testament anathème, j’essaie de poser les choses calmement, d’apaiser les esprits. »
En de telles circonstances, l’instinct féminin est un apport précieux. Il préserve l’harmonie de la famille. Et cela,
maître Le Goff en a fait sa profession de foi.

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