Laurence Berthoud-Lafarge pilote l’incubateur régional Les Premières avec un leitmotiv : essayer de régler un problème plutôt que de s’apitoyer dessus. L’entreprenante entrepreneur entend décomplexer les femmes face à cet univers parfois impitoyable. Et vous savez quoi ? Ça marche fort.

 

Propos recueillis par Julie Letourneur / Photos : Christophe Remondière

Un événement mêlant femmes et monde de l’entreprise en Bourgogne-Franche-Comté ? Il est probable que Laurence Berthoud-Lafarge soit dans les parages… Après avoir créé le laboratoire de fabrication K’Elle Fabrik à Dijon, elle a mis sur pied il y a cinq ans l’antenne dijonnaise de K’Elles Energies, un réseau de femmes actives, dirigeantes, salariées, porteuses de projet ou tout simplement en reconversion. En 2018, elle vient d’implanter en Bourgogne-Franche-Comté l’incubateur Les Premières, pour accompagner les femmes (et équipes mixtes) dans leur création d’entreprise innovante. Cette admirable vitalité dit à peu près tout de la jeune quinqua, une bricoleuse invétérée droite dans ses bottes, née à Oyonnax mais enracinée à un territoire qu’elle entend faire bouger. Et les femmes doivent être de la partie, cela va de soi.

Ingénieure en logistique industrielle de formation, vous avez choisi un parcours plutôt réputé masculin. On vous a prise au sérieux dès le début ?

Je ne me suis pas posée la question. Par contre, j’ai été confrontée à des attitudes plus familières, plus paternalistes. Alors que mes supérieurs vouvoyaient mes collègues masculins, on me tutoyait. Du coup, je tutoyais en réponse. Le lendemain, on me vouvoyait comme les autres.

Ce besoin de créer semble viscéral…

J’aime les projets et j’aime aller au bout des choses. J’ai besoin d’être utile alors quand j’identifie un besoin, plutôt que de râler que ça ne se fait pas, je créé la réponse.

Vous avez installé K’elles Energies et Les Premières à Dijon. Le « girl power » est-il la condition nécessaire pour avancer ?

Pour l’instant, on a encore besoin de se serrer les coudes, d’être solidaires. Les hommes fonctionnent plus en réseau que les femmes et nous devons intégrer cette façon de penser.

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Sur la base de leurs multiples compétences et de projets novateurs, les membres de l’incubateur reçoivent un soutien de poids.

 

Vous misez sur le collaboratif. C’est l’avenir ?

La société est de plus en plus complexe, il faut penser à beaucoup de choses en même temps et le collaboratif permet le réseautage. On apprend à collaborer. C’est une nouvelle façon d’asseoir l’ambition et la réussite, on ne peut plus réussir seule car on ne maitrise pas tout.

Comment effacer les différences de genre dans l’univers professionnel ?

Nous sommes différents par nature. Il faut l’accepter mais ne pas en jouer. Quand je vais bosser, je suis de sexe neutre et bien dans mes baskets comme ça. Il ne doit pas y avoir de sexualisation de la relation professionnelle, pas de jeux de séduction.

C’est quoi être féministe en 2018 ?

Déjà, ce n’est pas un gros mot. C’est reconnaitre la différence de sexe mais considérer que toutes les personnes ont les mêmes droits. Il ne s’agit pas d’être les uns contre les autres. Je suis féministe et je l’assume, plus qu’avant d’ailleurs car le contexte et les femmes ont changé. Nous sommes plus solidaires et plus ambitieuses.

C’est le moteur de cet incubateur ?

Un incubateur permet surtout de multiplier le développement économique d’un territoire et de favoriser les réussites. Il y a un besoin d’accompagner les femmes pour qu’elles soient libérées face à la création. Il faut aussi prendre en compte le plafond de verre (ndlr, lire Femmes en Bourgogne n°10) qu’elles s’imposent aussi.

Quelle est l’image de l’entrepreneuriat féminin ?

Il a encore une connotation péjorative, genre « activité secondaire pour Madame », censée l’occuper à côté de ses obligations familiales. Pourtant, elles ont autant de compétences que les hommes pour créer des entreprises créatrices de valeur et d’emploi sans négliger la vie de famille. D’ailleurs, statistiquement, les entreprises crées par des femmes se développent mieux et sont plus rentables dans la durée.


Toutes premières fois

Issues d’un mouvement national lancé il y a plus de dix ans, Les Premières arrivent en Bourgogne-Franche-Comté. Cet incubateur accompagne les femmes et les équipes mixtes à la création d’entreprises innovantes « de façon globale, grâce à des professionnels qui ont déjà créé et géré des entreprises ». L’incubateur intervient à trois niveaux : le développement du potentiel d’entrepreneur, le montage du projet après trois mois d’accompagnement collectif et individuel, et le lancement de l’activité en mettant l’accent sur la vente, les RH, la communication digitale professionnelle ou encore les relations aux médias. « Une partie de l’accompagnement est soumise à contribution car il s’agit d’un véritable coaching avec des professionnels. » La première promotion des Premières a débuté le 20 mars. Deux autres promotions seront lancées en 2018.

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