Un événement a bouleversé leur appréhension de la société et leur condition d’adolescente. Du drame mondial à la blessure la plus intime, neuf jeunes du Collège et Lycée Carnot de Dijon témoignent, avec parfois un brin de candeur, de cette construction intérieure nouvelle, entre désillusion et ouverture d’esprit.

Une sélection de la rédaction / Photos : Christophe Remondière

Alizée

L’autobiographie de Malala Yousafzai a changé ma façon de considérer la lutte pour les droits des femmes. Cette adolescente pakistanaise est devenue la plus jeune lauréate du Prix Nobel de la Paix parce qu’elle a défendu ses valeurs et ses convictions. Elle a risqué sa vie chaque jour car elle voulait aller à l’école, a reçu des menaces de mort après avoir osé dévoiler au monde la loi imposée par les talibans dans son pays ; on lui a mis une balle dans la tête parce qu’elle a revendiqué son droit d’apprendre le théorème de Pythagore et de savoir ce qu’est un oxymore… Cet épisode aurait pu lui coûter la vie, il l’a rendue plus forte. Le jour où j’ai lu ce livre, j’ai compris que rien n’était acquis, que des milliers de filles et de femmes dans le monde n’ont pas les chances que nous avons et que la lutte de Malala est essentielle si nous voulons permettre aux femmes d’agir pour contrôler leur destin.
Alizée, 1ère S


Lola.PinsonneauxLe 26 septembre 2017, le roi Salmane signe un décret autorisant les femmes saoudiennes à conduire. Le monde s’en félicite, « c’est une avancée importante ! ». Cela m’a plongée dans une grande réflexion sur les différences fondamentales entre les sociétés. Ce que je considère comme normal de faire, en tant que jeune femme française de 17 ans, est inenvisageable en Arabie Saoudite. Nous ne vivons pas toutes à la même époque… De plus, cette avancée est à nuancer, ses motivations étant principalement économiques : les hommes conduisant leur femme au travail sont plus absents de leur propre emploi, ce qui réduit leur productivité ! Bref, le chemin est encore long et les exemples bien trop nombreux. Dès lors, j’ai su combien il était important de s’engager pour ces femmes du monde et de faire appliquer partout l’article 1 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : « Les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ». Et les femmes ?
Lola, terminale ES


Anais.Klili

J’ai été particulièrement affectée par la persécution du peuple Rohingyas en Birmanie, après avoir visionné des vidéos sur les réseaux sociaux. J’ai été heurtée par l’inaction de Aung San Suu Kyi, dirigeante du pays et… prix Nobel de la paix. Cette situation perdure depuis des années, pourtant je n’en ai jamais entendu parlé. Je trouve qu’il y a eu un non traitement médiatique. C’est aberrant pour moi qu’en 2018, des massacres aient encore lieu sans que la communauté internationale ne réagisse. Nous ne parlons pas de quelques personnes mais bien de 700 000 Rohingyas. Ce peuple est victime de viols, de massacres, d’expropriations… Il y a quelques mois, grâce à la Love Army, une agence humanitaire composée d’influenceurs comme Jérôme Jarre, Omar Sy et des personnalités du web, cette cause a pu être répandue dans le monde entier. Ils ont montré au grand jour le cauchemar que cette ethnie subit et générer plus de 2 millions de dollars de dons. Tout ça ne tient finalement qu’à peu de choses…
Anaïs, classe de 2nde


Auriane.JoséL’environnement et la cause animale sont des thèmes qui me tiennent à cœur. Je suis très attentive à cette actualité et contribue comme je le peux à ces combats de tous les jours. Le 28 janvier 2015 m’a marquée : en France, le Parlement a adopté la loi reconnaissant enfin le statut juridique de l’animal comme un « être vivant doué de sensibilité » dans le Code Civil. Deux ans auparavant, la Fondation 30 millions d’Amis avait lancé une pétition que j’ai soutenue dans le but de faire corriger cette anomalie. C’est une belle victoire comme il y en a peu malheureusement pour les associations de défense animale et pour tous les amis des bêtes. Cette nouvelle m’a redonné de l’espoir et l’envie de continuer à agir pour la planète. Le pays des Droits de l’Homme devient aussi celui des animaux, mais combien d’années aura-t-il fallu pour cela ? Et combien encore pour faire valoir leurs droits à l’étranger ? Agissons comme nous le pouvons. Comme disait Georges Bernanos :
« Les petites choses n’ont l’air de rien, mais elles donnent la paix. »
Auriane, 1ère L


Léa.Robinet

J’ai toujours essayé de me détacher de l’actualité, de mettre une distance entre moi et le monde. Il y a trop de misère pour me laisser toucher par tout ce qui arrive. Mais il est des informations qui ne peuvent vous laisser de marbre.
Ça m’est arrivé un jeudi soir de vacances. Envoyé Spécial diffuse un reportage sur l’Erythrée, pays d’Afrique dont je n’avais jamais entendu parler, que je découvre comme lieu d’une liberté d’expression mutilée. Si en apparence le pays n’a rien d’une dictature, le reporter nous apprend qu’il a mis deux ans pour pouvoir accéder à la capitale et son voyage se fait accompagné d’un membre du ministère. Les Erythréens interrogés font tous le récit d’un pays où ils s’épanouissent et mènent une belle vie, forcément. Peu se risquent à témoigner contre le gouvernement… À la découverte de ce pays je ne peux que me sentir révoltée mais aussi impuissante. Ceux qui le fuient ne font que saisir leur droit de vivre et notre humanité doit nous pousser à les accueillir inconditionnellement. Je suis attristée que la situation de ces pays, où la situation est si grave, ne soit pas plus relayée. Cela contribuerait sûrement à ce que la population ressente plus de compassion envers les migrants et moins de peur.
Léa, terminale ES

Lucile-Berti


En juin 2017, j’ai été très surprise de voir des journalistes à proximité du Palais de justice de Dijon. J’ai voulu en savoir plus et suis tombée par hasard sur un reportage qui relatait 32 ans de cauchemar juridique : l’Affaire Grégory. Le 16 octobre 1984, ce petit garçon est retrouvé dans une rivière, pieds et poings liés. Ce soir d’été, en visionnant le reportage, j’ai été envahie de frustration, de soif de découvrir… Je ne peux pas croire qu’on puisse avoir un esprit si destructeur. Cette enquête très médiatisée a été relancée l’été dernier car non élucidée. Elle a été marquée par de nombreuses arrestations dans le cadre de l’infanticide, et du meurtre d’un suspect commis par Jean-Marie Villemin, le père de Grégory. Les gendarmes et les juges d’instruction ont été accusés de cacher des informations déterminantes… Bref, l’affaire reste avec des zones d’ombre. Je voudrais qu’un jour on sache la vérité. La justice et l’humanité ne peuvent pas être rabaissées à ce point.
Lucile, classe de 3e


Aya-el-khabar

Je me rappelle comme si c’était hier de ce 7 août 2015. Il était minuit. On passait tranquillement nos vacances d’été à Tanger. Et mon oncle est tombé par terre, d’un coup. On a foncé vers lui pour effectuer les premiers secours et quand l’ambulance est arrivée, on s’est rués sur elle. C’était le pire jour de ma vie. On avait encore de l’espoir, on a prié pendant cinq longues heures pour qu’il revienne sain et sauf, même si au fond de nous, la pression montait, le coeur palpitant, les jambes tremblantes et nos yeux remplis de larmes… Puis le docteur est arrivé. Il nous a confirmé la terrible nouvelle. Cette mort n’était pas un obstacle aux rêves de tes enfants. Au contraire, c’était pour eux une force, une rage supplémentaire… On me dit tout le temps que le chagrin passera avec le temps, mais je me rends compte que cette douleur est de plus en plus profonde en moi. Ta mort fut un choc que je n’ai jamais vécu. Chaque chose me rappelle à toi et quand on cite ton nom, mon coeur se resserre. Mais je pense vite aux bons moments vécus ensemble, à ces jours de tendresse. Je te n’oublierai jamais et tu seras toujours dans mon cœur.
Aya, classe de 3e


Mathilde.Regent

L’attentat terroriste à Manchester, qui a suivi le concert d’Ariana Grande, m’a choqué. Le lundi 22 mai 2017, des bombes ont explosé à la fin du concert, provoquant la mort de 22 personnes et plus de 500 blessés. Le lendemain matin, en me levant, j’ai appris cette nouvelle tragique, bouleversée qu’un tel acte de cruauté et de violence ait pu avoir lieu… Le public visé était si jeune ! Cela aurait bien pu m’arriver, à moi : Ariana Grande est une de mes chanteuses préférées, il s’agissait d’un concert de musique pop, le style que j’écoute le plus… Au final, cet événement joyeux et festif s’est transformé en un bain de sang et de larmes. Suite à cet attentat, la chanteuse américaine a organisé un grand concert de charité, baptisé « One love Manchester », sur le lieu du drame, afin de venir en aide aux familles des victimes. J’ai été très émue en regardant ce concert du dimanche 5 juin 2017, et qui a réuni de nombreux artistes pour diffuser un message de paix et d’espoir pour le monde entier…
Mathilde, terminale ES


Olivia.frèreLe 13 novembre restera pour moi une date marquante. L’attentat du Bataclan a modifié ma vision du monde. Je m’identifie facilement aux jeunes décédés : nous faisions partie de la même génération. J’ai 15 ans et à mon âge la mort semble très loin. Je suis jeune et en bonne santé, j’ai toute la vie devant moi alors comment concevoir que demain tout peut s’arrêter ? Hélas les victimes pensaient sans doute pareil. Suites aux événements, j’ai beaucoup cogité sur la valeur de la vie ; tout le monde s’exprimait sur les réseaux sociaux, via les médias, dans les écoles… Les adultes se voulaient rassurants. J’ai réalisé que malgré nos différences d’âges, de genres ou d’origines personne n’était insensible à la tragédie. Mes réflexions m’ont fait réaliser qu’il ne faut pas avoir peur de subir le même sort que les 130 victimes du Bataclan. Soyons prudents et non apeurés. Mon adolescence débute : je veux pouvoir sortir, sourire, rire, et danser. Je veux grandir et devenir une femme épanouie. Les jeunes qui sont morts au Bataclan ne doivent pas être oubliés et nous devons profiter de chaque instant comme ils auraient aimé le faire. Je continuerai d’aller au cinéma ou au restaurant, j’assisterai à des concerts et à des festivals, je ne me cacherai pas : je refuse de sacrifier ma liberté !
Olivia, classe de 2nde

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