Le ministère de la Culture a lancé sa troisième Grande Collecte d’archives nationales. Le thème de cette année n’est pas neutre : l’histoire des femmes. Cette nécessité de collecter des morceaux de vies et de témoigner de leur évolution territoriale est révélatrice d’un changement d’époque. Femmes en Bourgogne a fait un tour auxet à son équivalent côte-d’orien pour comprendre.

Par Julie Letourneur /Photos : Christophe Remondière, sauf mention contraire

Lancée le 9 juin, la troisième édition de la Grande Collecte a pour objectif de recueillir des documents authentiques autour de la femme. Chacun est invité à plonger dans son patrimoine familial ou professionnel pour partager ses souvenirs qui permettront de replacer la femme dans le temps et l’espace. « Bien qu’étant l’émanation de la vie de la cité, les archives ont délaissé certains aspects de la femme, globalement absente des fonds nationaux car un peu plus discrète sur ses actions », pose en préambule Eliane Lochot, la directrice des Archives municipales de Dijon. Cette Grande Collecte vise donc à redonner à la femme sa place légitime dans l’histoire. Elle est légitime. Encore plus en ce moment, d’après la directrice-adjointe des Archives départementales de Côte-d’Or : « C’est également un choix en lien avec l’actualité et tout ce qui se passe autour des femmes, notamment dans le volet judiciaire », avance Ségolène Garçon-Toitot, la directrice-adjointe des Archives départementales, qui  imagine volontiers que le choix du ministère de la Culture tient moins du hasard que d’une volonté de véhiculer une image plus fidèle de la femme, dans un contexte de féminisme parfois caricatural. « Il s’agit aussi de la remettre au cœur des préoccupations de la société. C’est l’expression d’un besoin social que de lui redonner de la considération », complète Eliane Lochot.

Femmes d’hier pour l’avenir

Homme ou femme peuvent ainsi contribuer à replacer ces dames dans l’histoire d’une ville, d’un département ou d’un pays grâce à cette collecte. Qu’elles soient illustres ou inconnues. Outils pédagogiques d’une institutrice, tracts d’une militante, journal intime adolescent, livre de recettes locales manuscrit, photos du travail des femmes dans les vignes, film… Tous les éléments apportant un éclairage sont intéressants. « De façon plus intime, cela peut aussi être une façon d’honorer un membre de la famille » explique justement Ségolène Garçon-Toitot. Toutes périodes confondues, la Grande Collecte permet aux Archives de consolider leurs fonds, aux chercheurs d’y trouver matière à l’écriture de l’histoire et au grand public d’être sensibilisé à la valeur de documents pour la mémoire collective. Et les choses sont bien faites : il est possible d’effectuer un dépôt, « à l’issue duquel nous assurons la conservation du document mais qui reste la propriété du dépositaire ou de ses ayants droit » ou un don pur et simple, « rendant notre service propriétaire ». Autant de petites pierres qui, bout à bout, nourrissent l’histoire des Dijonnaises et Côte-d’Oriennes.

Quelques jalons

Certains droits s’inscrivent logiquement dans le quotidien des femmes en 2018. Cela n’a pas toujours été le cas. Peu à peu, elles ont gagné leur liberté et leur indépendance.

1804 : Le droit des femmes est restreint par le code civil de Napoléon. Le divorce est notamment interdit.

1881-1882 : Avec les lois Jules Ferry, l’enseignement en primaire devient obligatoire pour les garçons et les filles. L’éducation, base de l’émancipation, de la réflexion et de la critique, devient accessible à tous les enfants.

1886 : Soixante-dix ans après sa suppression, le droit au divorce est rétabli.

1907 : Les femmes peuvent disposer de leur salaire à la place de leur mari et prétendre à un certain degré d’autonomie. Cette loi fut ardemment défendue par Jeanne Chauvin, première femme avocate en France.

1944 : Les femmes obtiennent le droit de vote.

1965 : Réforme du régime matrimonial : la femme peut gérer ses biens, ouvrir un compte en banque, exercer une profession sans l’autorisation de son mari. La même année, l’enseignement technique est ouvert aux filles.

1967 : La vente de contraceptifs est autorisée par la loi Neuwirth. La pilule fait son apparition.

1972 : La loi du 22 décembre relative à l’égalité de rémunération entre les hommes et les femmes introduit le célèbre principe « à travail égal, salaire égal ».
Sa concrétisation se fait toujours attendre.

1975 : La loi Veil autorise l’avortement (IVG) sous certaines conditions.

2000 : La loi sur la parité en politique change le visage des élections.

2001 : Les enfants peuvent porter le nom de famille de leur père, de leur mère ou les deux accolés.

Partages

Vous aimerez peut-être aussi