À 20 ans, Antoine Dixon se voit déjà chez les grands noms de la mode. Le Dijonnais a créé sa propre marque, Crystal Sky, et compte déjà trois collections de prêt-à-porter à son actif. Portrait d’un étudiant pas comme les autres.

Par Julie Letourneur
Photos : Christophe Remondière

Après le bac, en 2016, ses parents l’imaginaient volontiers à Sciences Po ou Oxford. On peut rêver pire pour son enfant. Mais Antoine Dixon ne jurait que par la mode. Il avait même dessiné deux robes, déjà. Ce franco-britannique né à Dijon a vite trouvé un compromis. « On est tombé d’accord pour que je fasse trois ans d’école de commerce avant d’intégrer la licence de mon choix. » Il est justement dans sa troisième année à BSB (« bi-ès-bi », c’est comme ça qu’on dit), l’école de commerce de Dijon. Et naturellement, il n’a pas attendu longtemps avant de tracer sa voie dans l’univers de la mode. Car Antoine a l’insouciance de sa jeunesse, cela saute aux yeux, et cette passion tenace qui le guide au quotidien.

Déconvenues puis récompense

De son propre aveu « loin d’être un génie des arts plastiques », il a en revanche un coup de crayon bien à lui pour esquisser des modèles en un rien de temps. Avant de se lancer dans la conception des vêtements qu’il imagine, le jeune homme transpose ses dessins sur des tee-shirts. Et finit par en faire une marque à part entière : Crystal Sky. « Le tissu devient la feuille de papier sur laquelle je dessine », explique le créateur qui, avec le soutien familial, prend ses croquis à deux mains et frappe à la porte des boutiques dijonnaises.

Le résultat n’est pas tout de suite probant, c’est un euphémisme : « Une boutique m’a clairement dit que mon travail ne valait rien. J’en suis sorti dépité. Puis j’ai vu l’enseigne de Franck Berthier. J’ai hésite plusieurs minutes, et je suis entré présenter mes tee-shirts. » Bingo. Son interlocuteur apprécie la démarche, sincère et audacieuse. Séduit par ses réalisations épurées et glamours, la boutique lui fait confiance. Et passe à l’acte avec une commande ferme. « Je me souviens être rentré, euphorique, et avoir fini la collection homme/femme. Quinze jours plus tard, la boutique a choisi neuf modèles qu’elle a mis en vente. » Une seconde collection suivra quelques mois plus tard, alors que la troisième est en préparation et qu’un autre concept, Photographer by Crystal Sky a également rejoint les rayonnages de Franck Berthier.

Lafayette aussi !

Avec la même conviction, Antoine Dixon réussit un coup de génie : placer Crystal Sky sur un stand des Galeries Lafayette dijonnaises. « J’ai saisi l’opportunité d’entrer dans le système pour atteindre les Galeries Lafayette de Paris, puis de toute la France », expose en toute simplicité notre interlocuteur qui, comme pour se convaincre d’aller jusqu’au bout, promet qu’à 30 ans, il aura « (sa) maison de haute-couture. Le prêt-à-porter doit faire face au « fast fashion » d’enseignes comme Zara ou H&M, qui proposent une nouvelle collection toutes les deux semaines. La haute couture, c’est une autre dimension ; on laisse le temps aux choses, on y met son âme ».

Le créateur n’est pas non plus né de la dernière pluie. Il sait combien ce monde, impitoyable et sacrificiel à bien des égards, n’est pas que luxe et paillettes. Le chemin est encore long. Antoine espère laisser parler son énergie créatrice et apprendre les ficelles du métier en intégrant une école de mode. « Étant dyslexique avec un trouble de l’attention, l’apprentissage académique ne me correspond pas. Si je n’arrive pas à entrer dans une école, j’espère trouver le courage de frapper aux portes des grandes maisons de couture. » Au culot !

Antoine Dixon revendique la création de vêtements qui dépassent la notion de genre. Ses tee-shirts, dont la signature se remarque en un seul coup d’œil, en sont la parfaite illustration. Et puis il y a ces jupes et ces robes, qu’il espère voir porter un jour par les mannequins sur les podiums. « J’aime la femme de façon artistique et sentimentale. C’est beau, une femme, et encore plus quand elle est habillée. » Cette vision gracieuse, l’étudiant la met au service d’un esprit créatif affirmé et d’un tempérament bien forgé. Au début de l’histoire, ses camarades n’étaient, eux, pas franchement confiants. « Ils me disaient que 45 euros pour un tee-shirt, c’était trop cher, qu’on trouvait le même chez H&M. Aujourd’hui, ils se vendent 115 euros pièce… Quand on me dit qu’il ne faut pas faire, j’ai envie d’essayer ! » Sciences Po et Oxford n’apprennent sans doute pas cela.

Modèle : Inès

 

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