Elle est la gouvernante générale du Grand Hôtel La Cloche depuis dix ans. Camille Mougenot et son équipe de femmes et valets de chambre ont donc soigné, avec un tact intact et sans jamais tiquer, des milliers de clients. L’enjeu est grand : un séjour ici, ce doit être inoubliable. Explications au coin du thé.

Propos recueillis par Michel Giraud
Photo : Christophe Remondière

Quel est le point de départ de votre carrière ?

Un forum des métiers que nous avions organisé, quand je siégeais au Conseil régional des Jeunes de Franche-Comté, d’où je suis originaire. Je terminais un bac littéraire, je ne connaissais pas du tout le métier et j’ai eu un coup de cœur. J’ai intégré l’école hôtelière de Strasbourg pour y passer une licence pro de Gouvernante.

Et ensuite, la capitale…

Oui, j’ai fait mes classes à l’Hôtel Crillon et au Ritz. C’est véritablement là que j’ai été formée.

C’est un bien joli CV. Et La Cloche, alors ?

J’y suis arrivée en février 2008. Dix ans déjà (sourires). Je suis épanouie ici, c’est une belle aventure où l’on rencontre des personnes très inspirantes.

C’est une bonne situation ça, gouvernante ?

C’est exigeant. Je gère une équipe de 11 femmes et valets de chambre, 8 en période hivernale. Je tiens à avoir une équipe mixe ! Je ne vois pas pourquoi ce serait un métier exclusivement féminin. J’arrive ici à 7 h, avant mes équipes, pour préparer le carnet de route de chacun. L’ouverture de la journée est décisive ; nous avons 88 chambres à gérer, tout doit être réglé comme du papier à musique : préparer l’arrivée de nos clients, les accompagner tout au long de leur séjour… Il faut faire la distinction entre femmes de ménage et femmes  de chambres. Pour nous, le relationnel est aussi au cœur du propos.

Un 5 étoiles, tout compte fait, c’est quoi ?

Du cousu main ! On veut coller aux attentes du client. Il faut aussi le surprendre. Je pense à ces clients dont nous avions deviné qu’ils venaient pour un week-end romantique. On leur a installé des pétales de roses et des cœurs en chocolats avant leur arrivée. Il y a aussi ces habitués des établissements MGallery by Sofitel, originaires de Biarritz, venus pour la première fois à Dijon. Nos collègues du Sud Ouest nous avaient informé qu’ils raffolaient d’un vin basque. À leur arrivée, nous les avons invités au bar, autour de la bouteille en question, que nous avions réussi à nous procurer.

Il doit bien exister des clients impossibles à satisfaire…

Ils sont une minorité, heureusement. J’apprécie beaucoup le contact avec la clientèle. La discrétion, le respect de la confidentialité et le protection de l’intimité sont l’essence de notre métier. Mais nous devons être très attentifs à chacun, savoir si madame est allergique aux plumes, si monsieur préfère le lit à la française, à l’italienne ou à l’allemande. 

À l’allemande ?

C’est une base de grand sommier, mais chacun sa couette ! À l’italienne, c’est chacun son matelas, relié par un zip ou un scratch, avec une grande couette.

Au bout du compte, vous êtes la main invisible…

Bien souvent, les clients ne savent pas qui je suis ! Quand ils comprennent, ils ont une vraie curiosité de notre métier. Le grand public, lui, s’en fait une fausse idée, notamment véhiculée par les documentaires un peu sensationnalistes. Le cliché de la gouvernante autoritaire, peu active dans sa journée, n’a pas lieu d’exister.

Votre plus beau souvenir ici, c’est ?

Peut-être ce couple venu avec un bébé. Nous mettons systématiquement une peluche dans les lits bébé. C’est devenu le doudou officiel de la jeune fille. Mais elle l’a perdu au retour, le drame ! Les parents nous ont demandé les références. Nous avons tout fait pour lui renvoyer la même peluche, en y joignant même un deuxième exemplaire. Nous avons reçu un mail ému, plein de sincérité et de reconnaissance. Cette relation, c’est ce qui m’a fait aimer ce métier.

Merci pour ce moment, Camille.

Merci à vous !

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