Les femmes ne s’interdisent plus les sports de combat. C’est une bonne chose d’après Philippe Gerbet et Mokhtar Rouji, fondateurs du club Tiger’s Den à Dijon et heureux organisateurs du prochain gala international de K-1 Rules « No Strike No Life ». En garde !

Par Olivia de Lestrange
Photo : Jonas Jacquel

Philippe Gerbet et Mokhtar Rouji se sont croisés sur les terrains de la fac de sport, le Staps dijonnais. Quelques années plus tard, en 2004, ils lancent le club Tiger’s Den, comprenez la tanière des Tigres. Et des tigresses ! Sur 300 adhérents, on compte 60 combattantes qui pratiquent boxe thaï, kick-boxing et K-1 (une forme de kick-boxing japonais). Le phénomène est assez nouveau : il y a trois ans, elles étaient encore 12. Et on n’a encore rien vu, car sur la centaine d’élèves fréquentant l’école de boxe des 5-15 ans, 40 % sont des filles.

Rendez-vous au palais

Pionniers en Bourgogne de ces disciplines avec des compétiteurs de niveau international, Philippe et Mokhtar sont fiers de leur pratiquantes : «  Chez les femmes l’ambiance est extraordinaire », assurent-ils, à quelques semaines du gala mondial de K-1 Rules au palais des sports de Dijon. Avec le soutien  de Canal+, les meilleurs boxeurs d’Europe s’affronteront le 24 novembre pour désigner le champion du premier No Strike No Life, qui comportera un combat féminin (ben oui, on n’en parlerait pas dans ces colonnes sinon). Mais au fait, c’est quoi le K-1 Rules ? « Une discipline de boxe pieds-poings sans combat au sol », explique Philippe, qui précise que « les coups sont uniquement donnés avec les pieds nus, les poings et les genoux ; les coups derrière la tête, dans les parties génitales et le dos sont interdits. » À la bonne heure !

Autocontrôle et confiance

Derrière cette événement qui offre un joli coup de projecteur au Tiger’s Den et à ce sport, il y a la réalité du quotidien. Les cours mixtes sont naturellement ouverts aux femmes. Les programmes Lady Boxe sont idéaux pour apprendre les techniques sans passer par la douloureuse épreuve du ring. « L’approche fitness est très prise en compte par les femmes », juge Mokhtar, pour qui la boxe sous toutes ses formes permet effectivement « de retrouver une condition physique avec un très bon cardio, de s’adonner au renforcement musculaire et stretching dans sa globalité ». Puis, bien sûr, la dimension mentale est prépondérante. Prendre confiance, se dépasser, utiliser sa force à bon escient, avoir une certaine idée de l’autocontrôle, trouver un exutoire salutaire. Tout cela peut servir. « Puis, on accompagne les pratiquantes, pour ne pas les isoler, renchérit Philippe. Quand vos collègues, hommes ou femmes, vous encouragent, vous progressez ! »

Dans cet univers encore victime de caricatures, les boxeuses se font leur place à la force des poings. Elles frappent moins fort, c’est une réalité, mais « sont généreuses, donnent plus de coups. Il y a moins de K.O en compétition mais un rythme plus intense. Les combats sont souvent plus spectaculaires ! ». Dans l’entrainement, aussi, elles sont en général « sérieuses, à l’écoute, rigoureuses ». Au bout du (dé)compte, le niveau féminin a progressé. « Les athlètes sont aguerries et les meilleures internationales vivent de leur passion », se félicite Mokhtar. Même si en France, c’est plus compliqué. « Celles qui ont tiré leur épingle du jeu se sont expatriées, comme Anissa Meksen, une pointure boxant dans les plus gros rendez-vous planétaires. »

« C’est prenant ! »

Assister aux combats n’est plus le lot de machos assoiffés de sang ou de bookmakers que les films se plaisent à mettre en scène. Les femmes y viennent doucement mais sûrement.
« Elles aiment le ring et l’odeur du souffre parce que c’est prenant ! », synthétise le duo, qui espère voir des familles et ces dames au K-1 Rules. Et accueillir de nouvelles combattantes, aussi. Comme pour montrer patte blanche, Philippe insiste sur la sécurité : « Contrairement au rugby ou au handball, il y a très peu d’accidents. Il est extrêmement rare que l’on se blesse le genou, le coude, l’épaule ou le poignet en boxe. »

Au pire une coupure, un bleu, la main un peu abîmée. Trois fois rien ! « Les fractures sont rares, les luxations encore plus. Nous sommes protégés, savons ce que nous faisons et sommes préparés aux chocs. » Le cliché de la brute épaisse n’a donc plus trop lieu d’être.  La preuve : la licence assurance est l’une des moins chères tous sports confondus. Pour ce qui est du savoir-être, là, c’est autre chose. « Tout le monde ne monte pas sur un ring. Il faut être capable de se maîtriser. La vraie violence, ce n’est pas ça. La violence, ce sont les bagarres, le chômage, les gens qui dorment dans la rue. »


No Strike No Life 1 – Tournoi mondial de K-1 Rules

Samedi 24 novembre à 20h au Palais des Sports de Dijon
De 15 à 60 euros (billetterie en ligne).
En direct sur Canal+ Sport.

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