Le métier de commissaire-priseur se féminise peu à peu. Il y eut des femmes pour adjuger à Dijon. Rencontre, sur ce sujet, avec… deux hommes qui tiennent l’un des trois hôtels des ventes de Dijon, Christophe et Guilhem Sadde.

Par Patrice Bouillot
Photo : Christophe Remondière

Il est des noms de métiers dont la féminisation sonne encore étrangement à nos oreilles. Ainsi en va-t-il des « commissaires-priseuses ». Il faut dire que le métier consistant à conduire les ventes aux enchères n’est ouvert aux femmes, aussi surprenant soit-il, que depuis… 1924. Avant, il était théoriquement impossible à une dame de lancer le fameux « adjugé, vendu ! ». Quoique… Christophe et Guilhem Sadde, les deux associés à la tête de l’hôtel des ventes de la rue Paul-Cabet à Dijon, racontent volontiers que l’étude aujourd’hui dirigée par leur cousine à Moulins (Allier) fut menée par les femmes de la famille entre 1914 et 1918, quand l’arrière-grand-père Georges Sadde fut mobilisé sur le front.

Histoires de successions

En tout état de cause, le métier est resté très longtemps une affaire d’hommes. La première commissaire-priseuse en fonction à Dijon fut maître Chansel, dans les années 1950-1960. Il y eut aussi, quelques années plus tard, maître Pichenot. À cette époque-là, aucune femme n’exerçait encore cette activité à Paris – Chantal Pescheteau-Badin, la première dans la capitale, s’installera en 1977 seulement et ne cache pas qu’elle rencontra de sérieuses difficultés à se faire accepter par ses collègues mâles.
Et c’est non loin de chez nous, à Chaumont (Haute-Marne), que l’on trouve trace de la toute première commissaire-priseuse de France : une certaine Paule Godinot, qui succéda en 1928 à son mari décédé mais dut, pour pouvoir exercer, montrer patte blanche au procureur de la République, lequel lui fit subit un examen qu’aucun homme n’était tenu de passer. Cinq ans plus tard, Jeanne Le Quéméner reprendra l’hôtel des ventes de Lorient (Morbihan), succédant à son mari là aussi décédé.

Vers la parité

Bref, on mesure à quel point ce métier a tardé à se féminiser. Aujourd’hui, sur 412 commissaires-priseurs en exercice en France, environ 80 sont des femmes. « On se dirige progressivement vers un équilibre 50-50 », glisse Guilhem. « Et il faut souligner que le Conseil national des ventes est présidé par une femme, Catherine Chadelat », renchérit Christophe. À Dijon, chez les frères Sadde, le principe de parité est respecté au sein de l’équipe des huit salariés, répartie sur les trois sites de Dijon, de Paris et de Grenoble.
« Cela dit, nos acheteurs sont plutôt globalement des hommes, ou alors des couples, mais dans ce cas-là il n’est pas rare de voir monsieur donner un petit coup de coude à madame quand elle est tentée de faire monter les enchères un peu trop haut », ironisent les frères. La part d’acheteuses est un peu plus marquée pour des ventes de maroquinerie, d’arts de la table ou de vins, observent-ils. Dans un hôtel des ventes « généraliste » comme le leur où, cette année, près de 14 000 objets ou lots ont été adjugés, les femmes n’ont finalement aucune raison de ne pas prendre toute leur place dans le public ou dans les ventes via internet, qui représentent désormais 70 % de l’activité.

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