Il y a 26 ans, Frédéric Lesueur ouvrait Nature d’Homme, une boutique multimarques de prêt-à-porter masculin. Revendiquant volontiers son indépendance et son ADN haut de gamme, le commerçant dijonnais fait les choses à sa manière, avec subtilité et une certaine humanité. Tout naturellement.

Par Olivia de Lestrange

J’habille l’homme pour qu’il s’affirme discrètement, à travers des coupes et des matières de qualité. Je veux qu’il se sente au goût du jour, dans une enveloppe qui ne soit pas tapageuse. » En quelques mots, Frédéric dit tout de ce qu’est Nature d’Homme. Constamment à l’affût de nouvelles pièces à proposer, le commerçant s’adresse aussi bien au petit gars classique « qui souhaite le rester…mais un peu moins » qu’au mec branché. Chaque nouvelle collection enrichit l’histoire de la boutique. Avec son équipe composée de Christine et Alix, Frédéric guide ces messieurs mais prend soin, quand il le sent, de « laisser le client autonome, à l’écoute de ses émotions, peu importe le temps que cela prend ».

Qualité irréprochable

Cette posture délicate est rare, donc appréciable. Elle s’accompagne d’une qualité irréprochable, car les pièces en vente ici s’appellent Emporio Armani, Hugo de Hugo Boss – « leur ligne la plus créative » –, Closed, Barbour, Christian Lacroix, Jacob Cohen, Manuel Ritz, Zilton… Le gérant ne délaisse pas pour autant des marques « peu médiatisées mais compétentes dans leur métier, à l’image de Santoni pour la chaussure, Fusalp ou Herno en sportswear technique ».
Et le prix, dans tout ça ? En toute transparence, la clientèle n’est « pas forcément fortunée ». Le mec d’aujourd’hui est un consommateur informé qui préfèrera la qualité durable, quitte à économiser pour se l’offrir. Les réseaux sociaux, les magazines, les conseils d’amis ou des blogs masculins, il a tous les outils pour connaitre la tendance. Du haut de son expérience, Frédéric confirme : « L’homme se féminise, dans sa façon de se comporter en boutique. Une femme peut s’offrir un manteau au mois d’août sur un coup de cœur. Plus pragmatique, l’homme l’achetait en hiver, parce qu’il fait froid. Aujourd’hui, il n’hésite plus à franchir la porte pour regarder. Si par bonheur il tombe sur un article qui lui plaît, il l’achètera spontanément.»
L’homme affranchi

Ces messieurs ont donc abandonné certains réflexes. La femme, évidemment, est en partie responsable. Il y a 20 ans, le pensionnaire de la rue Amiral-Roussin voyait défiler plus de femmes que d’hommes en boutique ! Madame repérait pour son mari, revenait avec lui, le guidait « parfois de façon autoritaire », s’amuse encore Frédéric. Tout cela a changé. Les femmes restent les prescriptrices naturelles de leur cher et tendre, mais monsieur s’affranchit et choisit de plus en plus seul, quitte à aller à contre-sens de sa moitié. « Il se prend en main, devient mature dans sa façon de s’habiller. L’habit renvoie à la personnalité que l’on souhaite afficher. Cette émancipation masculine est un vrai phénomène. » Et s’il vient chez Nature d’Homme « toujours dans l’idée de séduire sa compagne ou son compagnon c’est aussi pour se séduire
lui-même ! »

Créer un lien

Ce rapport plus « autocentré » à la mode masculine a du bon. Il place aussi l’humain au cœur du propos, dans un contexte « très violent, où le net a bousculé la façon de consommer mais ne remplacera jamais la vérité d’une relation. » Sur le sujet, Frédéric Lesueur est intarissable. Il prêche pour sa paroisse – comment lui en vouloir ? – mais apporte un éclairage intéressant : « Quand on achète sur le net, on se fait mal sans s’en rendre compte. Le commerçant, quel qu’il soit, garantit le lien social d’une ville. J’aime mon métier pour cela. Les villes démunies de leurs commerces, aux grilles baissées, sont des villes qui meurent. J’aime parler avec les gens ; certains restent une heure juste parce qu’ils ont besoin de parler. Comme le médecin ou le facteur, le commerçant a un rôle plus important qu’on imagine. Décider de sortir de chez soi pour faire un tour en ville, se promener, pousser la porte d’un commerce même si l’on n’achète pas, ça crée un lien, une histoire, un fil. »
Cet état d’esprit se retrouve dans la boutique de Nature d’Homme, imaginée par Frédéric himself, « avec des matériaux chaleureux, car je n’avais pas envie de mobilier de franchise.
Je voulais une vraie signature ». Une signature d’homme courtois et élégant, assurément, qui dit « lire beaucoup, jardiner, faire du karaté et courir » pour s’évader. Mais sa plus grande joie, « c’est de partir en famille. Le voyage, c’est important. Ça permet de relativiser beaucoup de choses. »

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