Le patron de la célèbre « Jam », temple des nuits dijonnaises, est entouré d’une équipe majoritairement féminine. Des femmes sans lesquelles l’aventure n’aurait pas été tout à fait la même. Sans ces drôles de dames, la nuit perdrait de sa saveur.

Par Patrice Bouillot
Photo : Christophe Remondière

Figure de la nuit dijonnaise, Gilles Jorand tient la place de la République comme d’autres les barricades. L’adresse est connue, bien au-delà de Dijon, depuis 1985, date à laquelle la Jamaïque a ouvert ses portes selon un concept que le patron a déployé dans six autres villes de France : un lieu cosy, pour boire un verre ou, mieux, un délicieux cocktail admirablement présenté, de l’heure de l’apéro jusqu’au bout de la nuit, en musique et de préférence live puisque des groupes se succèdent sur la scène tous les soirs.

L’homme de la nuit

Il faut dire que Gilles est lui-même un ancien musicien professionnel, qui connut des années de tournées heureuses et d’enregistrements 33 et 45 tours avec ses Talisman’s – c’était à la fin des années 1970. Le musicien a changé de vie en reprenant d’abord un café-restaurant-discothèque à Longchamp. Puis en tenant pendant 20 ans, à Dijon, un pub qui existe toujours, rue Auguste-Comte.
Alors la nuit, il connaît. Inutile de lui en raconter tant le comptoir est un observatoire de notre vie sociale. « On a vu petit à petit les cafés de quartier disparaître, puis les cafés de campagne, qui étaient pourtant des lieux indispensables de convivialité et de lien social. Et puis la tendance a gagné le monde de la nuit : à Dijon, où l’on comptait une douzaine de discothèques, il n’en reste plus guère que trois. » La faute à une législation de plus en plus stricte sur la consommation d’alcool et aux contrôles qui en sont le corollaire – « Je n’y suis pas opposé » précise-t-il –, mais pas seulement. « De nouveaux comportements sont apparus, par exemple les gens qui louent des appartements pour faire la fête. Ou, dans les quartiers de nuit autrefois bon enfant, des populations de gens mal intentionnés qui dégradent l’ambiance et font fuir certains clients. »

Le sens de la fête

Pas facile, dans ces conditions, de rester optimiste. Pourtant, Gilles s’accroche, pour le plaisir de ses clients, pour une certaine idée de la fête aussi. Il a entièrement rénové et mis aux normes sa Jamaïque et continue de porter haut ce qui a toujours fait le succès de « la Jam » : « La qualité à tous niveaux », celle du décor, celle de la boisson servie ou de la musique proposée, celle de l’accueil. Et pour l’accueil, justement, le patron a toujours su bien s’entourer.
Il y eut d’abord Marie-Odile, dans l’aventure depuis l’ouverture de son premier établissement en 1976. « Elle a été une femme précieuse dans toute l’histoire et elle tient toujours un rôle essentiel, s’occupant de préparer chaque soirée, de gérer les commandes et l’intendance. » Il y a Christine, bien sûr, son épouse rencontrée en 1978. « Pour faire tourner l’entreprise, il y a beaucoup de monde : les salariés, les extras et les prestataires comme les agents de sécurité. C’est Christine qui gère impeccablement tout cela » (les artistes, « cette espèce à part », le patron préfère continuer de s’en occuper personnellement).

Elles éclairent la nuit

Gilles Jorand a une pensée pour François, le barman qu’il était allé chercher à La Concorde, le légendaire café du tout-Dijon place Darcy, et qui est resté derrière le comptoir de la Jam pendant 20 ans. Mais deux autres figures féminines incarnent l’accueil maison : Maha et Cécile, que le patron a recrutées quand elle n’avaient que 18-20 ans. « Ces femmes éclairent la nuit, elles sont très pros, jouant tantôt la complicité ou la distance avec les clients, capables de tenir une conversation avec n’importe qui. »
Des perles rares restées fidèles, comme il ne s’en fait plus ? « Cela fait six mois que je cherche deux barmen ou barmaids, et que je n’en trouve pas ». La nuit de Gilles Jorand, en tout cas, ne serait assurément pas la même sans ses drôles de dames.

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