Rencontre avec Nicolas Vitiello, auteur et acteur de La voix des sans voix, une des pièces à l’affiche de la saison 2018-2019 des Théâtrales de Marsannay. Passionné de théâtre, Nicolas Vitiello a fait une incursion rapide dans la musique où il a été repéré dans Popstars en 2002. Cette médiatisation a permis au jeune homme de revenir à ses premières amours et de faire carrière sur scène, dans plusieurs comédies. Après les succès de Ma belle-mère et moi et sa suite, Ma belle-mère et moi, 9 mois après, le comédien s’est essayé à l’écriture et à la mise en scène. Avec La voix des sans voix, il change de registre et aborde une facette plus dramatique dans une pièce au message pourtant positif.

Propos recueillis par Julie Letourneur

 

Comment passe-t-on de Popstars à la comédie théâtrale ?
J’ai commencé par prendre des cours de chant lyrique pour améliorer mon travail autour du théâtre. On m’a dit que j’avais un brin de voix, j’ai voulu le tester et j’ai fini dans le groupe What For grâce à Popstars. Des auteurs et des agents ont vu en moi un potentiel, notamment comique, et voilà comment le destin m’a ramené sur la route qui était la mienne, celle du théâtre.

Après avoir été comédien, vous avez décidé de vous essayer à l’écriture et à la mise en scène. Pourquoi ?
C’est quelque chose qui me hantait depuis longtemps. J’écrivais déjà des sketchs plus jeune, pour la radio notamment, mais aussi des pièces que je n’ai jamais vraiment fait lire, c’était trop mauvais. Pourtant je gardais cette envie. Dans Ma belle-mère et moi, j’apportais mes retouches au texte, c’est sans doute pour ça que Bruno Druart m’a invité à co-écrire la suite ! J’ai voulu aller plus loin. Écrire une pièce complète, c’est long. Pour une comédie comme L’Art n’a cœur, il a fallu réfléchir pour tenir en haleine le spectateur, le faire rire sans cesse parce que la comédie est là pour détendre. J’ai voulu aller à l’efficacité du rire et je crois y être parvenu.

Vous avez aussi mis en scène La voix des sans voix, qui mérite plus une étiquette drame que comédie ?
J’ai pris la violence de l’attentat à Charlie Hebdo en pleine figure, comme tout le monde, et je sentais que ça n’irait pas en s’arrangeant. Pour exorciser ce mal, j’ai été attiré par les textes, notamment ceux de l’abbé Pierre. J’ai découvert son livre Testament. Écrit il y a des dizaines d’années, il résonnait dans l’actualité : la vague migratoire, les attentats, les privilégiés qui s’accaparent les richesses, la paupérisation de la classe moyenne… Au-delà de l’homme et de ce qu’il a fait, il y a une vision. J’ai décidé de la partager alors j’ai raccommodé des textes, des discours pour raconter sa vie et son ambition de détruire la misère.

Quel message porte ce spectacle ?
Nous vivons une période dangereuse. Il faut réagir. L’abbé Pierre disait : « Servir en premier ceux qui souffrent, toute la paix est là. » En combattant la misère, il visait la paix. Sans renoncer à s’enrichir, il faut laisser la dignité à ceux qui n’ont pas les moyens d’y arriver. Cela passe par un salaire décent par exemple. On ne peut pas avoir des œillères et ne pas voir la décomposition de notre beau pays. J’observe la misère autour de moi, des gens qui bossent mais qui ne peuvent pas toujours allumer le chauffage, ça ne peut pas laisser indifférent. Ce spectacle est une conviction personnelle qui s’adresse à tout le monde, croyant ou non, parce que nous avons le devoir de vouloir être heureux. Ça fait du bien d’entendre certaines choses. Pour autant, le spectacle n’est pas triste, les gens ne pleurent pas et sortent heureux, je vous assure ! Ils se disent qu’il y a une façon d’améliorer les choses. J’encourage l’humanisme et l’entraide dans une société absurde devenue individualiste. Les mots de l’abbé Pierre résonnent en chacun de nous.

Avec La voix des sans voix, vous faites un grand écart : de la comédie à quelque chose de plus sérieux, de la troupe à un « seul sur scène ». Qu’est-ce qui a été difficile ?
Pour le texte, ça n’a pas été difficile, j’ai été emballé par le message et je n’ai eu qu’à me laisser porter par la vague des mots et des idées de l’abbé Pierre. Après six ans de comédie, j’ai eu envie de contrebalancer un temps mais j’aime faire rire, c’est ce qui me correspond. Donc le plus dur a été d’être seul car j’ai l’habitude de partager avec la troupe. Heureusement, il y a une magie qui s’opère en étant seul, une émotion forte.

 

Rendez-vous aux Théâtrales de Marsannay

Alors qu’en mai 2019, les Théâtrales de Marsannay fêteront leur 50e représentation, Pierre-Emmanuel Ortelli se souvient des débuts de l’aventure. Ce passionné de spectacle décide de produire une pièce de boulevard en 2010 en partant d’un constat simple : « Ce genre de théâtre, autour de la comédie et la détente, manquait à Dijon. » Il s’essaie avec Le Canard à l’orange, dont le succès est mitigé localement, mais, loin de se départir de son enthousiasme, il persiste avec un second spectacle. Neuf ans plus tard, huit pièces sont programmées et les salles se remplissent à chaque fois. « Je privilégie les pièces de qualité, qui ont fait leurs preuves à Paris ou qui sont portées par des têtes d’affiche. » Le public répond désormais présent, en toute confiance, ce qui permet à Pierre-Emmanuel Ortelli de donner leur chance à des pièces moins connues mais dont il a pu juger du potentiel comme La voix des sans voix. « En général, je vais choisir la pièce où le rire est au rendez-vous mais je ne m’interdis pas de varier parfois. » Entouré d’amis, bénévoles, le producteur n’est pas un professionnel du milieu et organise ses Théâtrales par passion et par envie de partager. De Marsannay-la-Côte à Chevigny-Saint-Sauveur, les Théâtrales invitent à passer quelques heures de détente en toute simplicité.

 

La voix des sans voix, de et avec Nicolas Vitiello,
vendredi 17 mai à 20h30 à la Maison de Marsannay-la-Côte

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