Le musée des Beaux-Arts de Dijon a rouvert ses portes le 17 mai, en prélude d’un week-end festif et culturel à la hauteur de l’événement. Et nous n’avons pas manqué de remarquer que la métamorphose a été orchestrée par une équipe largement féminine.

Par Patrice Bouillot
Photos : Jonas Jacquel

 

Le hasard – car il s’agit bien de hasard – fait parfois bien les choses : c’est, du côté de la direction de l’établissement, une équipe largement féminine qui a managé la métamorphose du musée des Beaux-Arts de Dijon, qui sera inauguré le 17 mai. Sous la houlette d’une élue très impliquée dans le projet, Christine Martin, adjointe au maire déléguée à la culture, à l’animation et aux festivals, et de la conservatrice en chef, Sandrine Balan, quatre conservatrices, une régisseuse générale, Anne Lhuillier, et une équipe d’une dizaine de médiatrices coordonnée par Sylvia Cointot-Bertin ont mis les bouchées doubles, ces dernières semaines, pour que la réouverture soit une parfaite réussite. Faut-il en conclure que ce prestigieux musée aura, d’une manière ou d’une autre, une « patte féminine » ? Au moment même où l’on pose la question, on se rend compte qu’elle est presque gênante. Que serait en l’occurrence un « musée féminin », l’expression a-t-elle même un sens ? « L’équipe aurait été exclusivement masculine, personne n’en aurait fait un article », lance Christine Martin. Bien vu. Bon mais alors, peut-être les conservatrices ont-elles souhaité par exemple mettre en avant des artistes femmes ? « Pas du tout !, répond Sandrine Balan. Nous avons sélectionné les œuvres de la collection permanente au regard de critères de qualité artistique, sans tenir compte du fait que l’artiste était un homme ou une femme. » Pertinent. Et comme les collections, constituées au fil des décennies par… des hommes, sont principalement « masculines », eh bien les artistes femmes exposées, comme dans tous les musées d’art, se comptent sur les doigts des deux mains. On admirera toutefois des tableaux de Marguerite Gérard (XVIIIe siècle), de Sophie Rude (XIXe siècle) ou de Maria Helena Vieira da Silva (XXe siècle). L’équipe du musée a bien porté une attention particulière à la qualité de l’accueil, souhaitant – sensibilité féminine ? – que chacun s’y sente bien. « Nous avons voulu un musée ouvert à toutes et à tous, généreux, un lieu que chacun peut s’approprier, surtout pas réservé aux initiés, un espace où chacun peut vivre sa propre expérience, accéder à l’art selon ses envies, ses goûts, le temps dont il dispose », explique Christine Martin.

Enthousiasme et stress

L’élue peine à cacher son enthousiasme quand on évoque le week-end inaugural. « Ce sera un moment festif et bien sûr un événement culturel majeur. Je conçois ces journées comme un temps de rassemblement joyeux, comme un partage d’émotions autour de l’art, dans un lieu inédit. » Sandrine Balan, elle, confie volontiers son stress : « Nous allons révéler au public “notre” musée ! Personne ne l’a encore vu, nous n’avons pas “testé” nos choix. Jusqu’à maintenant, nous l’avons gardé pour nous, et là nous allons le passer. » Pour le grand public, les portes s’ouvriront le vendredi 17 mai à 19h30. Le moment de vérité.

Une partie de l’équipe féminine qui a accompli la métamorphose du musée des Beaux-Arts…
Christine Martin, adjointe au maire déléguée à la culture, à l’animation et aux festivals
Sandrine Balan, conservatrice en chef du patrimoine, responsable du projet, responsable des collections modernes (XVIe – XVIIIe siècles)
Sophie Casadebaig, conservatrice en chef du patrimoine, responsable des collections archéologiques et antiques
Myriam Fèvre, conservatrice du patrimoine, responsable du cabinet d’arts graphiques
Naïs François, conservatrice du patrimoine, responsable des collections du XIXe siècle
Jessica Watson, responsable des collections XXe et XXIe siècles
Anne Lhuillier, régisseuse générale
Sylvia Cointot-Bertin, chargée de la médiation

 

Un projet emblématique pour Dijon

 

Il ne faudrait pas sous-estimer l’importance historique de l’événement du 17 mai. Pour bien des raisons. La réouverture du musée métamorphosé est une date-clé dans la longue histoire du musée des Beaux-Arts, le plus ancien de France à quelques années près avec celui de… Besançon tout fraîchement rénové aussi. Le chantier qui s’achève a été lancé en 2010, mais il avait nécessité une préparation attentive dès le début des années 2000. Parce qu’on ne s’attaque pas aussi facilement que cela à une institution pareille : le palais qui l’abrite a été bâti par morceaux au fil des siècles – les cuisines ducales et la tour de Bar sont les éléments architecturaux les plus anciens, ils datent du Moyen Âge, mais la galerie de Bellegarde a été ajoutée au XVIIe siècle et l’aile fermant la cour sur la place de la Sainte-Chapelle remonte au XIXe siècle. Éric Pallot, architecte en chef des monuments historiques, a dirigé la rénovation du bâtiment lui-même, et Yves Lion a piloté celle du musée. Un musée qui compte parmi les plus riches du pays – le guide vert Michelin lui attribue trois étoiles, c’est dire. La métamorphose vise précisément à lui rendre son prestige.

Quartier des arts

Le palais a retrouvé son éclat extérieur, le parcours de visite a été complètement repris au point que c’est véritablement un « nouveau » musée qui s’ouvre, les collections ont fait l’objet d’une campagne de restauration d’une ampleur exceptionnelle… et pour couronner le tout, l’environnement immédiat du musée a été lui aussi mis en valeur, avec la piétonisation des rues historiques alentours constituant un véritable « quartier des arts » autour d’une place de la Sainte-Chapelle qui offre désormais une entrée majestueuse dans le palais. L’opération a représenté un invetissement total de 60 millions d’euros, elle a mobilisé spécialistes et experts de haut vol – artisans du bâtiment spécialistes des monuments historiques, restaurateurs et transporteurs d’œuvres… Le musée métamorphosé vous propose un voyage à travers 20 siècles d’histoire, des sarcophages égyptiens aux portraits géants de Yan Pei-Ming, auquel est dédiée la première exposition temporaire. Et en plus, l’entrée y est toujours gratuite. Comment pourriez-vous imaginer rater ça ?

 

 

Toutes les informations sur le programme inaugural (horaires, spectacles gratuits…) : www.musees.dijon.fr

Partages

Vous aimerez peut-être aussi