Grand reporter installé à Barcelone, le dijonnais Emmanuel Razavi est le cofondateur du site GlobalGeoNews.com, sorte de Netflix de l’information dédié aux grands enjeux de ce monde. Spécialiste du Moyen-Orient et des organisations islamistes, il a accepté de décrypter l’affaire du Burkini.

Par Andrea de Cesaris / Photo: Fotolia


Comment doit-on regarder les opérations burkini qui se sont déroulées à Grenoble et dans l’agglomération Lyonnaise ?

Elles visent à tester les limites de la république et de la laïcité. Les personnes qui les ont inspirées sont liées à l’organisation islamiste des Frères Musulmans. Ce sont des opérations politico-religieuses, à vocation communautaristes, qui vont dans le sens d’une régression totale des libertés des femmes.

Quelle est cette organisation des Frères Musulmans ? Que propose-t-elle pour les femmes ?

Soutenue par le Qatar et la Turquie, l’organisation islamiste des Frères Musulmans a été fondée en Egypte en 1928. Elle a essaimé dans plus de 70 pays. En France, son principal relais est l’’Union des organisations islamiques de France’’, aussi appelée ‘’association des Musulmans de France’’. Ainsi que cela est mentionné dans leurs textes, les Frères Musulmans veulent organiser la société autour des valeurs de l’islam. Ils considèrent que la femme doit être soumise à l’homme. Ils veulent aussi dissoudre les partis politiques, revendiquent l’agencement des horaires de travail pour un meilleur accomplissement des devoirs religieux et veulent instaurer des républiques islamiques, préalables à un retour au califat. Ils considèrent que l’état islamique idéal doit être partout, et doit répondre aux moindres problèmes des individus. La société idéale préconisée par Hassan al Banna, leur fondateur, ressemble à une sorte de « 1984» en version religieuse.

Avec votre site, GlobalGeoNews.com, vous défendez activement la liberté des femmes ? Pourquoi cet engagement ?

La liberté des femmes, à l’instar de la liberté de la presse, est l’un des baromètres de la démocratie. Si la liberté des femmes recule, alors c’est un très mauvais signal pour nos libertés en général. C’est ce que raconte très bien notre journaliste Maya Khadra, qui a beaucoup enquêté sur ces questions, et qui met régulièrement en garde contre la montée de l’obscurantisme en France. Aujourd’hui, les femmes osent de moins en moins faire les seins nus sur les plages, quand on cherche à banaliser le voile ou le burkini. C’est faire preuve de bon sens que de s’en inquiéter. Plus généralement, GlobalGeoNews est un espace débats, de grands reportages et d’analyses. Ce qui compte pour nous, ce sont les faits et les analyses de terrain, qui permettent de porter un regard sur le monde réel.

Certains intellectuels considèrent que le voile a sa place dans la société, qu’il ne faut pas stigmatiser les femmes qui le portent.

Depuis près de 50 ans, il y a toujours eu des journalistes et des intellectuels de gauche qui ont comparé Pol Pot à un progressiste, Khomeiny à Gandhi, qui nous racontaient que Tariq Ramadan était un intellectuel respectable, ou qui se sont réjouit des Printemps arabes qui ont fait des centaines de milliers de morts et plongé une partie du Proche et du Moyen-Orient dans le Chaos et le terrorisme. Ce sont les mêmes qui pensent que le voile est un instrument de liberté, mais qui dans le même temps veulent supprimer les crèches ou les sapins de Noël dans les espaces publics. Leur ‘’tolérance’’ est à sens unique. A l’épreuve des faits, ces gens se sont toujours trompés.

Pourquoi n’interdit-on pas ces associations islamistes en France ?

Dès qu’un intellectuel ou un politique les remet en question, ils l’accusent d’islamophobie. C’est la prise d’otages permanente. Je rappelle pourtant que les Frères Musulmans ont inspiré les créateurs d’al Qaïda et de Daesh, ce que devraient savoir nos élus. Le fondateur des Frères Musulmans, Hassan al Banna, était un admirateur d’Hitler, de nombreux textes le prouvent. Les Frères Musulmans sont antisémites et veulent le retour à la charia. Comment, dès lors, accepter que des associations se revendiquant de leur philosophie puissent exister, et revendiquer quoi que ce soit dans nos démocraties? Il y a un travail de fond à faire auprès des élus de la République pour qu’ils comprennent qu’ils sont en face de gens qui veulent fracturer notre société. Le plus étonnant concernant leur branche française, c’est que l’Union des organisations islamiques de France est interdite aux Emirats Arabes Unis car considérée comme terroriste, mais qu’en France, elle existe sous forme d’association loi 1901. Cherchez l’erreur.

Vous avez vécu au Moyen-Orient, et êtes considéré comme l’un des meilleurs spécialistes français des Frères Musulmans, auxquels vous avez consacré des livres, mais aussi des grands reportages pour Arte, le Figaro Magazine et GlobalGeoNews. Comment voyez-vous l’avenir de l’Islam en France?

Je crois que les musulmans français se définissent d’abord comme citoyens et qu’ils aspirent à vivre en tant que tels. Il ne faut donc pas les amalgamer avec les islamistes. Pour la plupart, ils ne fréquentent d’ailleurs pas la mosquée en dehors des fêtes de famille. En tant que citoyens, ils s’inquiètent majoritairement de la montée de l’Islamisme et ne comprennent pas pourquoi les autorités françaises sont si peureuses vis-vis de l’Union de l’Union des organisations islamiques de France. Dans le cadre de mes enquêtes, je me suis rendu compte que beaucoup de ces citoyens de confession musulmane craignent de voir la France sombrer dans la guerre civile, si on ne met pas un terme aux agissements de ces théoriciens de l’islamisme qui sont la matrice du Jihadisme.

Récemment, vous étiez reçu à l’assemblée nationale. Vous étiez aussi, en tant qu’expert, au colloque de Nice sur l’islamisme organisé par l’IPAG. De prestigieuses institutions font appel à vous sur ce thème. On vous entend ?

Je constate que l’on m’entend de plus en plus. Car je dépassionne le débat, en m’en tenant aux faits et à mon expérience de terrain. Je suis notamment sollicité par des chefs d’entreprises qui font face à l’entrisme islamiste, et qui veulent comprendre à qui ils font face. Je le leur donne des clés de compréhension.

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