Anne Fornier est vulcanologue et lanceuse d’alerte. Elle lance une campagne de crowdfunding à laquelle nous nous associons avec le moteur de recherche Qwant et le site GlobalGeoNews, pour financer un documentaire sur les risques d’éruption volcanique au Congo, dans la région du lac Kivu, qui pourraient faire des millions de victimes.

Propos recueillis par : Peggy Porquet

 

Peggy Porquet.Quel est l’objecif de votre fondation ? 

Anne Fornier.L’objectif de la Volcano Active Foundation, fondation reconnue d’utilité publique, est de sensibiliser les personnes aux risques volcaniques, et d’améliorer les conditions de vie en zone volcanique. Dans le monde, 500 millions de personnes vivent en zone volcanique active. 60% des volcans actifs ne sont pas sous surveillance. Nous disposons juste de données satellitaires. La majorité des gouvernements ont une politique de déni face à cette situation, optant plus facilement pour la “réparation post catastrophes”. Notre fondation est là pour informer et anticiper les risques de façon très concrète ! 

Pourquoi une campagne de crowdfunding ?

Nous parlons de sauver des vies en informant et en sensibilisant les populations ! Cette campagne a donc pour but de produire un documentaire qui sera tourné dans le Nord Kivu, en République Démocratique du Congo. Nous voulons sensibiliser les institutions locales et internationales sur le risque d’une éruption limnique, c’est à dire d’un dégazage brutal du dioxyde de carbone contenu dans le lac Kivu qui jouxte le volcan Nyiragongo, qui pourrait tuer 2 millions de personnes et anéantir une partie de l’écosystème de cet autre poumon de la planète. En anticipant les risques, on peut sauver des vies ! Vous pouvez nous soutenir en faisant un don sur le lien suivant :
https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/volcano-active-foundation

 

Pourquoi le lac Kivu compte-t-il parmi les plus dangereux au monde ?

Il existe un phénomène volcanique rarement évoqué, et pourtant dévastateur. Il s’agit de l’éruption limnique ou dégazage brutal de dioxyde de carbone. Il n’y a que trois lacs au monde qui répondent à cette caractéristique, deux au Cameroun et le troisième au Congo, le Kivu. On sait qu’en 1986, le lac Nyos a connu une éruption limnique qui a tué 1700 personnes. Le dioxyde de carbone se loge au fond du lac, et d’un seul coup, pour une raison sismique, une éruption ou un changement de position du lac, il va exploser telle une petite bombe nucléaire. Le dioxyde de carbone est lourd, incolore, inodore, et il chasse l’oxygène. Les gens meurent par asphyxie, brutalement. Comparativement au lac Nyos, le Kivu est 1300 fois plus grand. Autour du lac Kivu, il y a deux millions d’êtres humains entre le Congo et le Rwanda. Je vous laisse imaginer l’ampleur de la catastrophe.

 

Depuis plus de vingt ans, vous parcourez le monde afin d’étudier les risques volcaniques. Y-a-t-il des zones plus dangereuses que d’autres ?

Toutes les zones volcaniques sont dangereuses, car cela fait 200 ans que nous n’avons pas connu une éruption avec un indice d’explosivité qui aurait un impact global. Cela revient à dire que si un volcan entrait en éruption de façon extrêmement violente, les cendres et les aérosols contenus dans l’atmosphère bloqueraient la pénétration des rayons solaires et génèreraient un refroidissement de la terre de quelques degrés Celsius. Cela entrainerait des gelées tardives, des problèmes de récoltes, une perturbation des transmissions satellitaires et du fret aérien. Ce scénario concerne des volcans ayant un indice d’explosivité si fort que nous serions tous affectés. Si on prend en compte le nombre de volcans actifs d’un pays, que l’on recense toute la population exposée à moins de 30 kilomètres du volcan, et si on analyse tout ce que le volcan pourrait engendrer, les cinq pays menacés par le risque volcanique général sont l’Indonésie, les Philippines, le Japon, le Mexique et l’Ethiopie. L’Italie, pays le plus menacé en Europe, est placé en huitième position.

 

Pourquoi dites-vous que l’Europe est menacée par les volcans ?

Je veux préciser que l’Europe peut être menacée par un volcan situé à l’autre bout du globe. En Indonésie en 1815, le volcan Tombora a produit une colonne de 43 kilomètres de haut, avec des particules en suspension qui ont fait le tour de la Terre. Les plus grosses ont circulé deux semaines, et les plus fines pendant quasiment deux ans. Ces particules mélangées aux gaz ont formé une couche dense, qui a empêché la pénétration totale de la lumière. Ce phénomène a eu un impact climatique en Europe, de l’ordre de – 0,8 à – 1, 3 degrés Celsius sur deux à trois ans. En 1816, la France a ainsi connu une année sans été, liée à cette éruption.

 

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