Maître Clémentine de Vregille est installée, avec ses deux associés, au cœur de Dijon. Sous la bannière « 16 Hugo Notaire », elle perpétue le chemin tracé avant elle par son père, son grand-oncle, son arrière-grand-père…, portée par un attachement sans faille aux valeurs humaines de son métier.

Par Michel Giraud
Photo : Christophe Remondière

Étudiante, elle s’était imaginée grand reporter, à parcourir le monde pour rendre compte de son évolution. Elle sera notaire, comme l’ont été avant elle cinq générations de sa famille : « Jamais je n’ai su de mon père ce qu’il faisait de ses journées, eu égard au secret professionnel qui est exigé de nous. C’est lorsque j’ai mis la première fois les pieds dans une étude pour y travailler, en 2001, que je me suis rendue compte de ce qu’était réellement son quotidien. J’ai tout de suite adoré, c’était passionnant. » Ce qui frappe dès les premières minutes de rencontre, c’est cette capacité qu’a Clémentine de Vregille à disserter, cette envie d’échanger, ce goût prononcé pour la nature humaine, loin sans doute des clichés qui collent encore aux basques de certains de ses confrères, réputés austères. Son métier, elle le vit dans sa diversité passionnante : « Je reste très attachée aux valeurs du notariat, à l’image du notaire, une figure comme le médecin de famille. Lorsque des clients m’envoient leurs enfants, lorsque je m’aperçois que mon père avait assuré la succession de la famille, que mon grand-oncle avait scellé un premier achat, je suis fière, cet attachement, j’y tiens. La vie des familles défile devant nos yeux. Certaines clientes passent simplement pour me montrer les photos de leur petite-fille ! Nous sommes là dans les bons moments, mais aussi dans les mauvais. Il n’y a rien de plus dur que de voir une famille qui se déchire. »
Ce jour-là, c’est au 16 de l’avenue Victor-Hugo, au siège de l’étude Bruchon, de Vregille, Chanut, que maître de Vregille nous reçoit. Un an maintenant qu’avec ses associés maîtres Bruchon et Chanut, elle a emménagé dans une imposante maison de… maître. Après 10 années d’exercice à Saint-Cloud, à Paris puis à Meudon, c’est à Dijon que Clémentine de Vregille décide d’écrire, en janvier 2012, la suite de sa carrière : « Deux possibilités s’offraient à moi : devenir notaire salariée à Paris, ou reprendre l’étude familiale à Dijon. Et connaissant mon caractère, je me dis qu’il valait mieux que je sois patronne ».
Le métier, elle le voit évoluer au quotidien, de plus en plus tourné vers la dématérialisation, la visio-conférence, la signature électronique. « J’adore, c’est une vraie avancée pour tout le monde, notaires et clients. » Elle reconnaît aussi la nécessité d’une énorme exigence : « Parce que notre responsabilité est grande vis-à-vis de nos clients. Aussi parce que la législation évolue à une vitesse impressionnante. Il faut toujours garder le nez dans les bouquins, nous ne sommes jamais à l’abri d’une erreur. On a l’obligation de formation. Le notaire qui croit tout savoir va dans le mur ». Un véritable jeu d’équilibriste, pour s’adapter à ces textes qui changent sans cesse, « surtout en droit fiscal ! Notre force à l’étude, c’est d’être trois, nous discutons beaucoup, nous échangeons, c’est indispensable. Je profite aussi de trajets en train pour lire, pour consulter la veille juridique. Et puis il y a nos collaboratrices. Certaines sont là depuis plus de 40 ans, elles ont une connaissance impressionnante, elles sont les gardiennes du lieu et sont capables de refaire des connexions en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. » Sans cesse revient dans la conversation, l’humain, au cœur de l’engagement de maître de Vregille. « Je ne veux pas devenir une commerçante du droit, je veux qu’on me laisse l’humanité. » Match, son chien, n’est jamais très loin d’elle. Il la suit partout comme un fidèle compagnon qui rassure : « Je me souviens encore de mon père qui, face à mes questionnements d’orientation au moment du bac, m’avait dit : “Fais ton droit, ça mène à tout !” Il avait raison ! Je suis aujourd’hui une véritable touche-à-tout. C’est amusant parce que je n’ai jamais travaillé avec lui mais des clients me disent : “Vous parlez comme lui !” Je me dis finalement qu’il était écrit dans mes gènes que je deviendrais maître de Vregille ! »

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