Les 25 et 26 janvier prochains, Gevrey-Chambertin organise la 76e Saint-Vincent tournante des vins de Bourgogne. À la tête de l’organisation, il y a une cinquantaine de bénévoles mobilisés depuis près de trois ans. Caroline Drouhin est de ceux-là. Au même titre d’ailleurs que bon nombre de femmes engagées dans l’aventure, portées par l’envie de vivre un moment unique, et de transmettre… Rencontre.

Par Michel Giraud

Photos : Jonas Jacquel

Le sourire qui barre le visage de Caroline Drouhin en dit long quand elle évoque la dernière Saint-Vincent de Gevrey-Chambertin – c’était en 2000. « J’étais jeune scout, je me souviens d’avoir vendu des soupes et des tripes tout le week-end. Il faisait un temps exécrable, à tel point que les organisateurs avaient dû programmer une petite fête le week-end suivant pour satisfaire les personnes que le temps avait rebutées. J’ai aussi le souvenir d’une fête rendue immense par l’effet 2000. » Vingt ans plus tard, la vigneronne (ndlr : elle mène le domaine Drouhin-Laroze avec son frère, sous l’œil protecteur de son papa) a changé de camp. La voici à la manœuvre, vice-présidente du comité d’organisation : « Beaucoup de personnes engagées en 2000 n’ont pas voulu reprendre des responsabilités, et du coup, nous sommes une équipe tout neuve, ou presque ! Des jeunes vignerons, enthousiastes, qui arrivent avec des idées nouvelles. » Comme la volonté par exemple de produire un minimum de déchets, d’ouvrir la décoration de la commune au street art, « mais aussi, coupe Caroline, de s’engager dans une œuvre caritative, puisqu’une partie de nos bénéfices sera reversée au soutien du handisport en Côte-d’Or. Nous voulons aider à la pratique sportive des jeunes handicapés du département. »

Femmes impliquées

Son engagement, Caroline Drouhin le puise dans ses racines vigneronnes bien sûr. Elle l’inscrit aussi dans une logique de transmission : « Les vins de Gevrey-Chambertin (ndlr : le plus grand vignoble de Côte-d’Or avec ses 550 hectares) sont en excellente santé. D’année en année, ils gagnent en reconnaissance mondiale. Nous avons été épargnés ces dernières années par les intempéries, bien protégés par saint Vincent. Résultat : la situation est confortable, alors on pourrait se demander : “pourquoi se lancer dans un tel défi ?”. On nous dit : “Commercialement vous n’en avez pas besoin”. Eh bien disons déjà qu’on ne sait pas de quoi demain sera fait, on n’est pas à l’abri d’une crise. Mais surtout j’ai envie de transmettre cette jolie fête vigneronne, envie que mes filles puissent la vivre en 2040, car ici à Gevrey nous avons pour tradition d’accueillir la Saint-Vincent tous les 20 ans. Eh oui ce sera notre cinquième fois, un record. » En filigrane du discours que portent Caroline et sa collègue Marie Fontaine, il y aussi l’envie de s’investir en tant que femmes vigneronnes : « Il y a une belle parité dans le comité d’organisation. Et cela retranscrit la réalité du terrain. Les femmes sont de plus en plus impliquées dans les domaines, de plus en plus polyvalentes, à la vigne, au bureau, à la cave. C’est plus marqué que dans la génération de nos parents. Bien sûr, à l’époque, il y avait toujours une femme dans l’ombre du vigneron, et son rôle était essentiel, mais disons qu’aujourd’hui on nous laisse notre place, on nous met en valeur, et ça c’est très agréable. »

Depuis mai 2017, Caroline Drouhin et ses amis travaillent donc à la réussite d’une Saint-Vincent tournante 2020 que l’on annonce de haute volée. Ne serait-ce qu’à travers le gala Distinction que pilote William Frachot, le chef étoilé de l’Hostellerie du Chapeau rouge à Dijon. À travers aussi les cuvées spécialement assemblées pour l’occasion. Ils seront 400 bénévoles les 25 et 26 janvier prochains à faire vivre cette 76e édition. Près de 80 000 visiteurs sont attendus. Pour Caroline, Marie, Rachel et les autres, la pression monte peu à peu. L’excitation aussi. Et l’envie de participer à l’écriture d’une nouvelle page de l’histoire des vins de Gevrey-Chambertin.

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