Retraité, personne âgée, vieux, troisième puis quatrième âge, sénior…
Le vocabulaire ne manque pas quand il s’agit de parler des aînés. Au fil des décennies, l’image de la vieillesse a changé et si les grands-mères restent des personnes vers qui il est toujours bon de se tourner, elles affichent un dynamisme retrouvé, loin de l’image de la vieille dame renfrognée dans son canapé et reprisant des chaussettes. Présidente de l’Opad, l’association des séniors dijonnais, Lydie Pfander-Meny constate un changement des perceptions. Entretien autour d’un café au Grand Hôtel La Cloche.

Propos recueillis par Nadège Hubert
Photo : Christophe Remondière

Femmes en Bourgogne. Les vieux d’hier sont-ils les mêmes que les séniors d’aujourd’hui ?
Lydie Pfander-Mény. L’évolution du langage traduit l’évolution de la place des personnes de plus de 60 ans dans la société. Après avoir parlé de vieux ou d’aînés, on évoque désormais les séniors actifs. Le regard que l’on porte sur les séniors et celui qu’ils portent sur eux-mêmes a changé. L’autre grande révolution, c’est la façon dont les gens vivent en tant que séniors. Désormais, arriver à la fin d’une carrière professionnelle signifie entrer dans le temps des possibles. On peut penser à soi, se cultiver, voyager, donner du temps aux autres, accéder à tout ce que l’on n’a pas pu faire avant par manque de temps, d’argent ou pour des raisons familiales. Que ce soit en faisant un nouveau sport ou en apprenant une langue étrangère, les séniors repoussent les limites. Parmi les 13 millions de bénévoles que compte la France, les deux tiers ont plus de 55 ans. Ils contribuent pleinement à faire vivre le tissu associatif.

Quelle est la place de la femme sénior dans ce contexte ?
En France, 11 millions de femmes ont plus de 55 ans. Le processus de vieillissement est moins perçu comme une fatalité, il est accompagné. Les personnes âgées vivent moins au ralenti, elles prennent soin de leur corps en faisant de l’exercice et créent du lien social. Les femmes font attention à elles, continuent de séduire, les séniors ont même des sites de rencontres dédiés désormais. Par ailleurs, la publicité fait aujourd’hui appel à des mannequins séniors célèbres. Certaines égéries de grandes marques ont plus de 70 ans comme Jane Fonda mais on peut aussi voir Isabella Rosselini, 67 ans, ou Isabelle Adjani, 64 ans.
Il ne s’agit pas de bonté de la part de ces marques : la place de la femme sénior dans l’économie compte. La silver economy n’est pas un mythe ! On parle argent, santé, immobilier, loisirs… Pour autant, il ne faut pas oublier que 11 % des séniors vivent sous le seuil de pauvreté. Avec des retraites faibles, certains ont des conditions de vie difficiles, tant en ville qu’en campagne.

Comment la société accompagne-t-elle ses séniors ?
La « catégorie sénior » recoupe plusieurs tranches d’âge et désigne des personnes plus ou moins actives. Proposer des services pour accompagner les gens désireux de rester chez eux contribue à ralentir le vieillissement. Pour lutter contre l’isolement, l’Opad, en lien avec la Burgundy School of Business (BSB), a monté un programme de visite impliquant des étudiants qui nouent des contacts avec les séniors. Il n’y a pas de société sans lien entre les générations. Bien vieillir, c’est être actif et avoir des projets. Avec un panel de 110 activités ouvertes aux Dijonnais de plus de 55 ans, l’Opad propose des activités aussi bien intenses que douces, de la randonnée à la gym douce ou au taï chi quand d’autres préfèreront la pratique artistique, l’apprentissage d’une langue, le numérique… L’accès de ces activités au plus grand nombre est un enjeu majeur : nous proposons une tarification sociale. Nous sommes vigilants aux difficultés physiques induites par l’âge. La capacité donnée aux médecins de prescrire une activité physique pour accompagner au mieux le vieillissement montre aussi la réflexion et les progrès dans ce domaine. L’Opad répond donc à tous les besoins en fonction de la santé, des capacités matérielles, de la situation personnelle. Bien vieillir passe aussi par le fait de se retrouver autour d’un café pour discuter, alors, ça aussi, nous le faisons.

 

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