Catherine Blanc dirige Nextis, une entreprise de plasturgie qui vient de transférer toute son activité de Chalon-sur-Saône à Demigny. Sa conviction : il n’y a pas d’avenir sans innovation. Alors elle pousse ses équipes à aller de l’avant, sans cesse. Et pour savoir jusqu’où aller et comment y aller, elle a eu recours aux compétences de la Banque de France. Reportage.

Par Patrice Bouillot

Photos : Jonas Jacquel

C’est l’histoire de la comptable devenue cheffe d’entreprise. Le 30 juin 2008, Catherine Blanc signe la reprise complète de la petite entreprise de plasturgie chalonnaise Nextis, dont elle était la compable depuis 1992 – elle s’est associée pour cette opération à Yannick Célérier, qui a lui un profil d’ingénieur. Sauf que quelques semaines plus tard, la crise éclate et que la société perd du jour au lendemain 50 % de son chiffre d’affaires. Il faut faire face. Catherine Blanc en est convaincue : « La seule solution pour nous, c’est l’innovation ». La nouvelle dirigeante abandonne le secteur automobile qui représentait jusqu’alors l’essentiel de l’activité, et prend le pari d’explorer de nouveaux horizons. En commençant par l’univers du loisir : un premier contact avec une grande enseigne d’articles sportifs s’avère payante. Nextis met au point pour cette marque les poches et les tubes des gourdes des trailers. Dans le domaine de la cosmétique, Nextis met au point des cache- tubes pour les plongeurs des flacons de parfum, qui séduisent de grands noms du secteur. Dans la santé, qui pèse un quart du chiffre d’affaires aujourd’hui, l’entreprise fabrique notamment les tubes des poches de nutrition pour les hôpitaux. « Nous venons de déposer un nouveau brevet après trois ans de développement : des emballages souples en polyuréthane, soufflés et non soudés, qui permettent de proposer des poches de nutrition aux formes originales, qui plairont aux hôpitaux d’enfants par exemple. »

L’aide de Géode 

Le résultat est là. Nextis, qui est aujourd’hui l’une des rares entreprises françaises sachant maîtriser à la fois l’injection et l’extrusion, a vu son chiffre d’affaires bondir de 3,5 à 11 millions d’euros en 10 ans. L’effectif a doublé, pour atteindre 38 collaborateurs aujourd’hui – des salariés aux petits soins de leur dirigeante qui souligne qu’« elle vient d’en bas » : proche d’eux, elle partage l’heure du déjeuner avec les équipes et laisse même les collaborateurs amener leur chien au travail ! Cet été, au terme d’un investissement total d’environ deux millions d’euros, Nextis a déménagé dans ses nouveaux locaux situés à Demigny : quittant les deux sites qu’elle occupait à Chalon-sur-Saône, l’entreprise a investi un bâtiment de 9 500 mètres carrés, sur un terrain de 13 500 mètres carrés. C’est là que Nextis a fait appel aux compétences de la Banque de France. « Quand on se lance dans un investissement aussi important, on a besoin de vérifier certaines choses, explique Catherine Blanc. Je connais par cœur les chiffres de l’entreprise, mais il me fallait une prise de recul et des perspectives. » La solution s’appelle Géode. « Nous proposons aux entreprises une prestation qui permet d’établir un diagnostic économique et financier de l’entreprise en la positionnant dans son secteur et dans son territoire et d’élaborer des scénarios », explique Marie-Luce Dougé, responsable des activités offres deservice à l’économie (OSE) à la Banque de France à Dijon. Une aide précieuse pour la dirigeante, reconnaît Catherine Blanc. « Géode est un outil de gestion dynamique et opérationnelle, précise Sylvie Brun, analyste financière chargée des OSE à la Banque de France. Il permet de rassurer le chef d’entreprise au moment où il doit prendre une décision importante, de conforter son choix ou inversement de l’alerter. » « S’il confirme son projet, l’expertise de la Banque de France est évidemment un élément rassurant aussi pour son banquier », ajoute Marie-Luce Dougé. Concrètement, un analyste financier est venu chez Nextis pendant deux demi-journées et a rendu un rapport étayé par des recherches dans les bases de données de la Banque de France, qui renferment les bilans de toutes les entreprises réalisant plus de 750 000 euros de chiffre d’affaires, les informations sur les prêts bancaires accordés aux entreprises ou encore la liste des incidents de paiement. Une source ultrafiable donc, mise à profit des entreprises de la région pour qu’elles fassent les bons choix, se positionnent avec justesse, définissent leurs prix et leurs marges au regard des chiffres observés dans leur secteur d’activité. Des entreprises dirigées par des femmes notamment puisque la Banque de France a signé une convention avec l’association des femmes cheffes d’entreprise, celles-ci bénéficiant d’un tarif privilégié sur la prestation. À la direction de la Banque de France à Dijon, cinq analystes financiers se consacrent pleinement à l’accompagnement des entreprises de Bourgogne-Franche-Comté – une centaine actuellement ont recours à Géode – au sein d’une équipe régionale constituée il y a deux ans. Des entreprises qui, à l’image de Nextis, sont satisfaites du service et qui, après une première prestation, optent très souvent pour un accompagnement dans la durée.

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